Fonction publique : Une mobilisation unitaire mais décevante

Les manifestations du 22 mai ont rassemblé l'intégralité des fédérations syndicales de fonctionnaires, mais les agents ont été nettement moins nombreux dans la rue qu'il y a deux mois.

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L’unité syndicale était parfaite. Comme le 10 octobre 2017, les neuf fédérations syndicales des trois fonctions publiques – d’État, territoriale et hospitalière – appelaient ensemble les quelque 5,7 millions de fonctionnaires et agents à une journée de grève et de manifestations. Et pour la première fois depuis 2010 tous les leaders des confédérations défilaient ensemble, à Paris, derrière une banderole proclamant : « Pour une fonction publique de progrès social, pour l’augmentation du pouvoir d’achat, pour l’emploi public. »

Il y avait là Philippe Martinez (CGT), Laurent Berger (CFDT), Pascal Pavageau (FO), Bernadette Groison (FSU), Eric Beynel et Cécile Gondard-Lalanne (Solidaires), Luc Bérille (UNSA), François Hommeril (CFE-CGC), Philippe Louis (CFTC)… Cette mobilisation unanime et au plus haut niveau « signifie qu'effectivement les enjeux sont très lourds », a souligné Bernadette Groison, de la FSU.

Tous les ingrédients étaient donc réunis pour une belle photo, si derrière ces dirigeants syndicaux la mobilisation avait suivi. Las, il y avait mardi 22 mai moins de manifestants à battre le pavé que lors des deux précédentes manifestations de fonctionnaires contre la politique du gouvernement Macron-Philippe. À Paris, où la préfecture de police n’a compté que 15 000 manifestants contre 32 500 le 22 mars, la CGT estimant leur nombre à 30 000 contre 40 000 il y a deux mois. Dans l’ensemble de la France, il y avait cette fois 124.000 manifestants selon la Place-Beauvau contre 323 000 le 22 mars et 209 000 le 10 octobre ; la CGT fait état dans son communiqué « de centaines de milliers de manifestants » dans les cortèges quand, le 22 mars, elle en totalisait 500 000 et le 10 octobre 400 000. Quant aux taux de grévistes publiés par le ministère de l’Action et des Comptes publics, ils étaient en légère baisse, entre 6,6 % et 10,3 % selon les secteurs.

Les motifs de cette journée d’action n’étaient pourtant pas minces, qu’il s’agisse de réclamer la revalorisation du point d’indice gelé par le gouvernement, de protester contre le report du plan de revalorisation des carrières conclu par le gouvernement précédent ou le rétablissement du jour de carence en cas de maladie. Ou bien encore contester la suppression envisagée de 120 000 postes au cours du quinquennat, et les orientations choisies pour la « réforme de l’État » comme l’extension du recours aux contractuels perçue comme une « attaque » du statut de fonctionnaire.

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Sans parler des inquiétudes que suscite le Comité action publique 2022 (Cap 2022), au sein duquel les fonds d’investissement sont très bien représentés, en charge d’un rapport censé dégager des pistes d’économies.

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Si les manifestants affichaient mardi une détermination intacte, force est de reconnaître que la mobilisation n’était pas à la hauteur des enjeux. Ni en rapport avec la colère, bien réelle, des 5,7 millions de fonctionnaires et agents des trois versants de la fonction publique devant la dégradation de leurs conditions de travail. Pourquoi donc un tel décalage ?

Car ceux qui s’abstiennent de débrayer ou de défiler ne soutiennent pas pour autant la politique et les réformes du gouvernement, les études d’opinion en témoignent. Ils sont en revanche de plus en plus nombreux à douter de l’utilité de ces « journées d’action » faute de résultats tangibles. Certains d’entre eux grossissent les rangs de ce que l’on appelle le « cortège de tête », en quête de radicalité. Mais la plupart rechignent, pour des raisons financières compréhensibles, à perdre un jour de salaire dans ces conditions. Les syndicats de fonctionnaires, qui ont prévu de se revoir le 25 mai, ne pourront éviter longtemps de repenser leurs modes d’action.


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