Parcoursup : chronique d’un fiasco annoncé

De nombreux lycéens se retrouvent sans affectation à moins d'un mois du baccalauréat. Élèves et parents sont désemparés et le gouvernement tarde à proposer des solutions.

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Ils avaient pourtant prévenu. Les associations et syndicats qui avaient mis en garde le gouvernement contre Parcoursup n’étaient pas surpris, lundi 22 mai, de constater que 50% des 810 000 lycéens de Terminale ­– selon des chiffres communiqués par le ministère de l’Éducation – n’avaient pas reçu de réponse positive à leurs vœux. « Sur l’académie de Créteil, c’est sans doute beaucoup plus », avance Christine Jarrige, membre du Snes-FSU et directrice d’un Centre d'information et d'orientation (CIO).

Si, indique le ministère, les chiffres ont baissé depuis – deux tiers des lycéens auraient reçu leurs affectations ce mardi 29 mai –, ils sont encore bien en dessous des résultats observés sous le précédent logiciel d’orientation : en 2017, dernière année où APB était en vigueur, les élèves avaient, à 80% d’entre eux, reçu des réponses positives dès le premier jour.

Le gouvernement se veut pourtant rassurant. « Il faut laisser le système se dérouler », a plaidé la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal au lendemain des résultats. À moins d’un mois du baccalauréat, les lycéens ont désormais des préoccupations en plus de leurs révisions : ils disposent d’une semaine pour accepter, ou non, les formations qui leur sont proposées afin de libérer des places pour leurs camarades restés sur liste d’attente. Mais les choix des élèves n’étant pas classés, difficile d’accepter une affectation qui ne serait pas un premier choix. Ou de la refuser. Comme le veut l’adage : « Un “tiens” vaut mieux que deux “tu l’auras” »

Après la concurrence, place à la solidarité

« Ce qui est important maintenant, c'est que les candidats qui ont plusieurs “oui” choisissent et libèrent des places pour les autres : il faut de la solidarité », indiquait le chef de la Conférence des présidents d'université (CPU), Gilles Roussel, dans une interview aux Échos. Alors que la « solidarité » entre les lycéens a été sérieusement entamée par la sélection opérée par les universités pour s’arroger les meilleurs profils, ces derniers ont également eu la surprise de découvrir leur rang sur les listes d’attente. Une manière supplémentaire de les pousser à la comparaison et les démotiver.

« Ils sont désemparés », confirme Julie Le Mazier, professeure de philosophie dans le Val-d'Oise, « cette mise en concurrence suscite chez eux de la tristesse, de la colère, du découragement…», détaille-t-elle.

D’autant que tous ne sont pas égaux face à Parcoursup. La fédération Sud Éducation, qui a diffusé un formulaire auprès des enseignants afin de disposer de ses propres chiffres, recense d’importantes disparités entre les filières générales, professionnelles et technologiques. Ainsi, sur les 300 classes auditées, « seuls » 41% des élèves en filière littéraire n’ont reçu aucune réponse positive ; en filière scientifique, ils sont 46% et 48% en filière ES. À l’inverse, plus de 60% des bacheliers technologiques et professionnels sont toujours en attente d’une proposition. « Surtout que pour beaucoup des jeunes qui ont reçu des réponses positives, ce sont des formations au Cned auxquelles ils s’étaient inscrits au cas où ils n’auraient rien », rappelle Édith Bouratchik, secrétaire générale du Syndicat national Force ouvrière des lycées et collèges.

Féroce répression

Alors que le gouvernement a promis l’ouverture de commissions d’orientation dès la fin du mois de juin pour les lycéens sans affectation, ces derniers commencent à exprimer leur mécontentement. Comme l’avait envisagé la sociologue de l’éducation Sophie Orange, la mobilisation ne provient pas des élèves de terminale, mais de leurs cadets. Ces manifestations et ces blocages sont pourtant durement réprimés. Le 23 mai dernier, plusieurs dizaines de personnes qui s’étaient introduites dans le lycée parisien Arago dans le but d’y tenir une assemblée générale ont été arrêtées et placées en garde à vue. Une quarantaine de mineurs en faisaient partie et 14 d’entre eux seront présentés au juge des enfants. « Cette chasse à l’enfant est inadmissible », tonne Édith Bouratchik.

« Il est tout à fait intolérable que des jeunes qui se battent pour leur avenir soient traités de la sorte par les forces de l’ordre », rappelle la FCPE. Car si les lycéens sont inquiets et en colère, ils ne sont plus seuls. Leurs parents les ont rejoints. « On oscille entre désespoir et colère. Comment se recentrer sur le baccalauréat maintenant ? », se demande Agnès, mère d’un élève de Seine-Saint-Denis, interrogée par Le Monde. Et le gouvernement, d’habitude si prompt à répondre, de rester silencieux sur la question.


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