Un maître de l’intox

Dans Un démocrate, Julie Timmerman retrace le parcours d’Edward Bernays, propagandiste sans foi ni loi. Ou comment pervertir la démocratie.

Qui fut le premier bateleur, le premier arracheur de dents, le premier menteur professionnel ? Il faudrait chercher dans la nuit des temps. L’auteure, metteure en scène et actrice Julie Timmerman en a, de son côté, trouvé un qui ne nous fait pas remonter aux calendes grecques mais qui dormait dans les annales de l’histoire contemporaine : Edward Bernays, né à Vienne, devenu américain et mort à Cambridge (Massachusetts) en 1995, à l’âge de 103 ans. Le personnage est fort peu connu en France, mais Arte vient de lui consacrer un documentaire. Julie Timmerman travaille à sa pièce, Un démocrate, depuis plusieurs années (elle a été créée en banlieue parisienne, à Ivry, l’an dernier) et a participé, parmi les premiers, à faire connaître cet homme de l’ombre américain. Le titre est à saisir à l’envers : il n’y eut pas moins démocrate que ce Bernays, mais il exploita à merveille les possibilités du libéralisme américain.

Bernays pourrait être défini comme un simple publiciste. Toute sa vie, il sut faire vendre des objets, des produits, mais aussi des opinions. Aussi fut-il plutôt un « manipulateur de masses », comme dit Julie Timmerman, qui aime à citer Noam Chomsky : « La propagande est à la démocratie ce que la violence est aux régimes totalitaires. » Donc un propagandiste hors pair, un maître de l’intox, un champion de la persuasion tous azimuts, un homme sans cause vendu à toutes les causes et sachant vendre n’importe quel programme. On ne voudrait pas déflorer tous les éléments de la pièce, qui révèle bien des choses au public français. Mais on relèvera néanmoins quelques détails piquants. Bernays favorisa la vente de mille objets pratiques, mais convainquit aussi de l’utilité de fumer, en élargissant le public des fumeurs à la population féminine : l’égalité des sexes passait par le droit à la cigarette ! Les suffragettes, les audacieuses suffragettes qui firent tant pour la liberté des femmes, adoptèrent cette idée du rééquilibrage social par le tabac et défilèrent une cigarette aux lèvres… Plus tard, Bernays anima une campagne contre le tabagisme. Il avait l’âme d’un tiroir-caisse.

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