La Marche des cobayes alerte sur la santé et l'environnement

Cette marche de lanceurs d’alerte pour la santé environnementale est arrivée à Paris le 30 juin, après deux mois de voyage.

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Plus de 1 200 kilomètres dans les jambes pour certains, mais personne n’a perdu le souffle et le sourire. Pour leur arrivée en fanfare à Paris, la joyeuse troupe de la Marche des cobayes chante de bon cœur l’une de leur chanson faite maison, sur l’air de « Milord » d’Édith Piaf : « C’est la marche des cobayes / On va jusqu’à Paris / Contre la pollution / Pour défendre nos vies / On est tous concernés / Car tous intoxiqués /On ira vaille que vaille / On est tous des cobayes ». Un résumé en musique des raisons de ces deux mois de randonnée militante, également nommée Marche vérité et justice pour la santé environnementale. « Nous demandons la vérité c’est-à-dire l’accès à l’information car sans cela, nous sommes des cobayes ! Mais en même temps, il nous faut des procès et la justice », clame Michèle Rivasi, l’eurodéputée EELV, à l’initiative de cette marche.

Leur périple a débuté le 1er mai, à Fos-sur-mer, dans les Bouches-du-Rhône, ville symbolique car elle concentre un grand nombre de pollutions notamment dues à l’activité industrialo-portuaire. Puis, les étapes se sont enchaînées avec des thèmes différents à chaque fois : malbouffe, pesticides, les boues rouges, ou les sols pollués, comme à Marseille, Montreuil ou Romainville.

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« Nous avons ciblé des points clefs comme Chambéry concernant la pollution de l’air ou Bugey pour le nucléaire, explique Sarah, coordinatrice générale de l’événement. Parfois, nous avons adapté le parcours en fonction des propositions des associations locales ou des personnes nous rejoignant : par exemple, d’anciens verriers de Givors étaient là, donc nous avons fait un détour par leur ville afin de parler de leur combat pour faire reconnaître les maladies professionnelles qui les touchent, notamment à cause de l’amiante. » Au total, une soixantaine d’étapes pour s’indigner, débattre et soutenir les victimes.

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Assise à l’ombre, Marie Ebermeyer écoute les prises de paroles successives sur la place de la bataille de Stalingrad. Fatiguée mais heureuse, elle est présente depuis le premier pas de cette marche de lanceurs d’alerte. « J’ai reçu une leçon d’humilité, j’étais en formation permanente pendant ces deux mois. Ce sont de vraies victimes », assène-t-elle, émue en énumérant les prénoms de plusieurs victimes qu’elle garde en mémoire. Elle aussi est un cobaye de l’industrie pharmaceutique. Malade de la thyroïde depuis mars 2017, elle a subi les conséquences de la nouvelle formule du Lévothyrox. Infirmière de bloc opératoire, elle connaît bien le milieu de la santé et avoue qu’elle était allopathique (non homéopathique) « comme tout le monde » avant que son fils ne devienne une victime du vaccin de l’hépatite B. Pour elle, la marche des cobayes ne doit pas s’arrêter là : elle plaide pour l’implantation de pôles Santé et environnement dans les agences régionales de santé, et que soit créé un Parlement des associations pour que les citoyens aient enfin un pouvoir décisionnel.

De nombreux participants arborent un tee-shirt du Revav (Réseau des victimes d’accidents vaccinaux). « Nous ne sommes pas anti-vaccins, nous défendons les victimes de vaccins ! », précise d’emblée Guillaume, l’un d’entre eux. Également secrétaire de l’association Sera (Santé-Environnement Auvergne-Rhône-Alpes), il milite au quotidien pour que l’étape de la prévention soit beaucoup plus fréquente et généralisée « avant que la loi rappelle les lignes rouges à ne pas dépasser ». Pour lui, les priorités aujourd’hui sont la qualité de l’air, les nanoparticules et l’électrosensibilité. « J’ai marché pour rencontrer des personnes qui vont dans le bon sens en agissant pour la santé, et non pour les intérêts économiques. »

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Une plume accrochée sur son chapeau, Bruno de Vie (pour Végétalien itinérant éducatif) s’active pour fournir un carburant sain aux marcheurs arrivés de l’incinérateur d’Ivry-sur-Seine. Tout au long du chemin, le traiteur a préparé 2 000 repas bio et végétariens. « Même si le système est bien verrouillé, je pense que nous sommes dans une période pré-insurrectionnelle. Je fais ce métier depuis vingt ans parce que je suis un amateur de cuisine mais aussi pour la santé. J’essaye d’être cohérent entre mes convictions et ma façon de vivre », glisse Bruno qui a fait toute la marche avec sa compagne et ses enfants.

Naggia a marché en tant que « simple citoyenne écolo », et gardera longtemps en mémoire le désarroi des différentes personnes devenues victimes des pollutions, notamment les enfants. « Les personnes à qui on distribuait des tracts s’arrêtaient souvent pour poser des questions car cela les concernait, et ils se sentaient enfin écoutés, déclare-t-elle. Les soucis de leur quotidien doivent devenir la préoccupation des politiques ! »

« Nous allons interpeller les ministères français mais aussi l’Europe car les directives viennent de là. Il faut pousser l’Europe à sanctionner les États défaillants. Nous voulons un inversement de la charge de la preuve car c'est aux industriels, aux laboratoires de démontrer que leurs produits ne sont pas dangereux pour la santé, assure Michèle Rivasi. Les politiques doivent faire la loi, pas les lobbys ! » Une délégation doit être reçue en début de semaine par le ministère de la Transition écologique et solidaire, mais ils espèrent également rencontrer celui de la Santé et du Travail.

Dernières étapes : Bruxelles et Strasbourg, pour interpeller directement les dirigeants européens, avant de leur remettre les doléances citoyennes recueillies tout au long de cette marche pour la santé environnementale.

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