Tapis rouge pour idées brunes

Qui est le plus fautif. Éric Zemmour, ou ses hôtes, qui leur donnent pignon sur rue et ainsi les banalisent ?

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Voilà plusieurs jours que les grandes émissions de télévision et de radio, y compris celles du service public, offrent à Éric Zemmour l’occasion de distiller sa haine raciste, au point qu’on se demande qui est le plus fautif. Lui, et ses idées dégueulasses, ou ses hôtes, qui leur donnent pignon sur rue et ainsi les banalisent ? La question n’est pas neuve et taraude les démocrates depuis les premiers scores électoraux du Front national : inviter ou pas ? Mais voilà, cet intellectuel (car c’en est un) de droite ne se présente pas aux élections. Il écrit des livres – et surtout pérore – pour dénoncer le péril musulman (il faut dire « islamiste », c’est plus effrayant) ou encore mettre un signe égal entre Pétain complice des nazis et de Gaulle chef de la France libre.

Il vient aussi d’exiger de millions de Français l’amputation pure et simple de leur identité et de renommer toutes les Hapsatou en Corinne (1), au nom de l’« homogénéité de la France ». Pour Éric Zemmour, l’homogénéité est à la culture ce que la pureté était à la race. Une autre façon de dire la même horreur. Pire, en disant à des millions de Français craindre une guerre civile, Éric Zemmour l’alimente et même la provoque en expliquant clairement que, selon lui, la Patrie serait en état de légitime défense face au grand remplacement. Il excuse ainsi par avance tout acte criminel qu’un raciste commettrait au nom de l’identité de la France, contre la soumission à l’islam. Cet homme, tel un chef inspirateur de terroristes, a d’ores et déjà du sang sur les mains. Le moment venu, il pourra toujours dire qu’on l’avait invité. Et qu’il avait prévenu. Pour le dénoncer, peu de politiques mais d’autres chroniqueurs : Glucksmann, Polony, Aphatie…

Certes, censurer Zemmour est impensable (même si le publier est en soi un choix éditorial qui n’a rien de neutre), mais l’inviter à venir défendre ses idées d’extrême droite est une faute grave. Rien d’ailleurs ne le justifie particulièrement, et certainement pas le fait qu’elles auraient le vent en poupe. Ceci devrait même plutôt entraîner l’inverse : donner à voir la grande transformation de la société française comme elle est, faite aussi de métissages extra-européens et post-coloniaux. Et rappeler ainsi qu’une nation qui se projette demain est d’abord une communauté de destin, pas une histoire d’épuration.

(1) Le 16 septembre, sur le plateau d’Ardisson, Zemmour a dit à la chroniqueuse Hapsatou Sy: « Votre mère a eu tort de vous appeler ainsi. Elle aurait dû prendre un prénom du calendrier et vous appeler Corinne par exemple, ça vous irait très bien. […] C’est votre prénom qui est une insulte à la France. »


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