Visa pour l’image : Quelle chierie, le monde…

Le festival Visa pour l’image, à Perpignan, pointe cette année les tourments environnementaux de la planète.

Commençons par ce qui se révèle l’un des reportages les plus originaux : « Un petit coin : défécation en plein air et assainissement ». À Haïti, après le passage meurtrier de l’ouragan Matthew, en 2016, c’est une femme qui déblaie les dépouilles de son intérieur ; une autre, courbée, qui écope sans fin ; des familles qui font leurs besoins dans les ruelles, régulièrement inondées ; un ouvrier rampant dans les latrines à fosse avec un seau pour ramasser les excréments à mains nues. Non sans risques : maladies, électrocutions, morsures de rongeurs…

En Inde, dans l’Uttar Pradesh, on utilise l’eau du puits pour se laver, faire la cuisine et la lessive. Les villageois défèquent dans les champs alentour, contaminant l’eau et provoquant des diarrhées fatales. Dans certains villages, les toilettes publiques sont vite hors d’usage. La situation est pire encore dans les bidonvilles urbains, où l’on défèque dans l’insalubrité des décharges, au-dessus d’une flore en putréfaction. Sur une population de plus de 1,3 milliard, 567 millions d’Indiens n’ont pas accès aux installations sanitaires. Or, souligne la photographe Andrea Bruce, un gramme de matière fécale peut contenir jusqu’à dix millions de virus, un million de bactéries et un millier de kystes parasitaires.

Si la défécation en plein air est aussi vieille que l’histoire de l’humanité, de Haïti jusqu’en Inde, ce sont 950 millions de personnes qui poursuivent cette pratique. Un fléau sanitaire et environnemental qui tue près d’1,5 million d’enfants chaque année. Les plus pauvres et les plus démunis.

Toujours éclectique et exigeant, avec une vingtaine d’expositions et plusieurs projections, cette ­nouvelle édition du festival international du photojournalisme, Visa pour l’image, à Perpignan, semble avoir pris des couleurs. Une tonalité verte. Parce qu’à côté des reportages attendus (l’exode des Rohingyas, la tragédie des réfugiés, Raqqa libérée, la Ghouta orientale, la guerre au Yémen), plusieurs travaux pointent les turpitudes et les tourments environnementaux aux quatre coins du monde.

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