Modernité rabougrie

Alors que, pour la première fois depuis 2001, les comptes de la Sécu sont excédentaires, la droite macronienne au pouvoir veut en finir avec les rêves du vieux monde.

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Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, la République de la Résistance reprenait ses droits contre l’État français de Pétain et Laval. Ce n’était pas seulement un régime qui tombait, c’est aussi un projet de société qui s’affirmait. « Dans une France libérée, nous libérerons le peuple des angoisses du lendemain », disait Ambroise Croizat, l’un des fondateurs de la sécurité sociale moderne. Quand les caisses étaient vides, voilà que des audacieux bâtissaient un nouveau monde, soucieux de protéger toutes les générations : face à la maladie, face à la vieillesse. Le combat socialiste et la République faisaient corps, traduisant concrètement Jaurès, et De Gaulle l’accepta. La République serait sociale ou ne serait pas.

Ainsi furent promulguées, le 4 octobre 1944, les ordonnances de la Sécurité sociale, qui permirent tout ou presque : la protection, la possibilité de l’émancipation. La Sécurité sociale, en considérant les droits économiques et sociaux de chacun, est une des conditions de l’égalité républicaine. Faire nation commençait d’abord là, et non par des considérations de propriété ou d’ethnie. Grâce à la Sécu, la vie s’est allongée, et même démocratisée.

On sait que ce choix de civilisation a toujours eu des adversaires. En 1949, déjà, Daniel Mayer devait répondre aux adversaires tels Paul Reynaud, qui accusait le nouvel édifice d’être coûteux et d’empêcher les entreprises de se développer et d’exporter.

On sait que cette vulgate a depuis gangrené les esprits au point de faire de la « baisse des charges » le vice obsessionnel des gouvernements. La chose a même été mise en œuvre, avec les résultats que l’on sait.

Alors que, pour la première fois depuis 2001, les comptes de la Sécu sont excédentaires et peuvent laisser de la place aux propositions syndicales d’amélioration de prises en charge solidaires, la droite macronienne au pouvoir veut enfoncer le clou : renforcement des conditionnalités des aides qui « coûtent un pognon de dingue », révision des modalités de financement des arrêts maladie comparés par le Premier ministre, Édouard Philippe, à des congés…

Le pouvoir, tout à son conservatisme, développe une vision rabougrie, comptable et faite d’économies ridicules et de coups de pouce sans portée. C’est sans doute là qu’Emmanuel Macron se dévoile désormais : un homme sans imagination. Son « nouveau monde » est préhistorique. Quel contraste avec les rêves du vieux monde.


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