Dunkerque roule au sans-ticket

Le transport gratuit pour tous, tous les jours : depuis septembre, les habitants de l’agglomération du Nord voyagent sans bourse délier. Une nouvelle liberté pour beaucoup.

Romain Haillard  • 19 décembre 2018 abonné·es
Dunkerque roule au sans-ticket
© photo : Les usagers modestes sont ravis de ce gain de pouvoir d’achat, mais on n’observe guère de report de la voiture sur le bus.

Une poignée de voyageurs s’abrite contre les façades vitrées de la gare de Dunkerque. Le petit crachin matinal les retient de s’élancer dans la ville. Un jeune intrépide à la tignasse blonde – sûrement un gars du coin – jette son billet de train composté dans une poubelle et se faufile entre les gouttelettes. Quelques enjambées plus loin, le voilà devant une rangée de bus. Le grand blond grimpe à bord d’un des véhicules. Un simple hochement de tête au chauffeur, il s’installe et la porte se ferme. Pas besoin de retrouver sa carte d’abonnement, encore moins de farfouiller dans ses poches pleines de tickets à la recherche du seul non composté. Pas même un brin de monnaie à trouver. Le transport est gratuit.

À lire aussi >> Paul Ariès : « La gratuité, un nouvel élan pour la gauche »

Patrice Vergriete, maire et président de la communauté urbaine dunkerquoise (CUD), en avait fait une promesse de campagne. Il voulait voir ses bus se remplir. Après trois années d’expérimentation les week-ends, la gratuité s’applique tous les jours depuis septembre. L’élu dresse un bilan temporaire enthousiaste : « Nous avons observé une hausse en semaine de 50 %, et la fréquentation a plus que doublé le samedi et le dimanche. » Une fierté pour cet ancien urbaniste. Avec ses 200 000 âmes, l’agglomération devient la plus grande collectivité de France à avoir mis fin à la tarification de ses transports, devant le pays d’Aubagne. Plus qu’un trophée, l’élu divers gauche y voit une philosophie : « La mobilité constitue un élément clé dans la lutte contre l’exclusion et l’isolement. Je la considère comme un des droits fondamentaux du citoyen. »

Sur l’une des 17 lignes, direction Grande-Synthe, une retraitée aux boucles d’oreilles clinquantes et au brushing impeccable s’assied à l’avant. Un chauffeur monte à son tour, elle l’interpelle : « Vous allez à Auchan, ­monsieur ? » Le

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Société
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