Pacte de Marrakech : beaucoup de bruit pour rien

L’extrême droite a multiplié la diffusion de fausses informations, qui ont malheureusement contaminé nombre de débats entre gilets jaunes.

Politis  • 12 décembre 2018
Partager :
Pacte de Marrakech : beaucoup de bruit pour rien
© FADEL SENNA / AFP

Rarement un document aussi fade aura déclenché autant de fake news, de fantasmes et de discours de haine. Le pacte sur « les migrations sûres, ordonnées et régulières », adopté le 10 décembre à Marrakech, est pourtant dénoncé comme bien timide par les ONG qui défendent les migrants. Il faut dire qu’il est le fruit d’un consensus élaboré depuis deux ans par 150 pays de l’ONU. Il énonce des principes généraux, et surtout non contraignants. Mais l’aubaine était trop belle pour les nationalistes de tous les continents, à commencer par Trump, qui l’avait jeté aux orties dès 2017, imité par Netanyahou. En Europe, Orban, Salvini, toute l’extrême droite et une grande partie de la droite ont mené la charge.

Alors que le texte appelle à « cesser de subventionner les médias qui propagent la xénophobie ou le racisme », ses contempteurs crient à la « censure » ; alors qu’il demande que les immigrés puissent bénéficier d’un travail décent et régulier, ses ennemis prétendent qu’il va permettre le « remplacement » des Européens par des salariés sous-payés ; alors que le pacte de Marrakech n’entraîne aucune obligation pour les États signataires, il est accusé de « vendre la France à l’ONU ». « Promotion du multiculturalisme », selon LR, texte qui « empêchera à terme l’expulsion des clandestins », selon Dupont-Aignan, « ignominie immigrationniste », selon Marine Le Pen, qualifiée de « troll en chef » par Jean-Baptiste Lemoyne, le secrétaire d’État qui a représenté la France à Marrakech. L’extrême droite a multiplié la diffusion de fausses informations, qui ont malheureusement contaminé nombre de débats entre gilets jaunes. Sans réussir, pour le moment, à les détourner de leur exigence première : justice sociale et fiscale.

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Ukrainiens en Pologne : de l’hospitalité à l’hostilité
Reportage 13 mai 2026 abonné·es

Ukrainiens en Pologne : de l’hospitalité à l’hostilité

Au moment de l’invasion russe en Ukraine, nombre de familles ont trouvé accueil et protection chez le voisin polonais. Quatre ans après, la situation a changé. Les aides sociales ont été supprimées, les violences sont en hausse, les discours xénophobes et la haine en ligne progressent
Par Maël Galisson
À Kerkennah, en Tunisie, le soupçon migratoire pénalise la population
Monde 7 mai 2026 abonné·es

À Kerkennah, en Tunisie, le soupçon migratoire pénalise la population

Dans l’archipel tunisien, les contrôles de la garde nationale pour empêcher l’émigration clandestine se sont intensifiés depuis 2017. Un dispositif sécuritaire qui entrave la liberté de circuler des habitants et complique les conditions de travail des pêcheurs, déjà dégradées par la pêche illégale.
Par Nadia Addezio
« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »

Deux continents, un combat. L’une, Janette Zahia Corcelius, résiste aux raid de l’ICE, la police anti-immigration de Trump. L’autre, Anzoumane Sissoko, lutte pour la régularisation des étrangers depuis vingt-quatre ans. Une rencontre pour penser la résistance transatlantique contre l’autoritarisme et les répressions anti-migratoires.
Par Juliette Heinzlef et Maxime Sirvins
Réfugiés afghans : « Je veux la liberté, vivre comme un être humain normal »
Enquête 30 avril 2026 abonné·es

Réfugiés afghans : « Je veux la liberté, vivre comme un être humain normal »

Journalistes, personnes LGBTQ+, femmes, enfants : des Afghan·es menacé·es par les talibans témoignent de leur abandon par la France.
Par Ana Pich