Vieille ficelle sarkozyste

En annonçant comme voie de sortie à un conflit social un nouveau grand débat sur… « l’identité nationale », l’immigration et la laïcité, Emmanuel Macron enfourche le cheval de la division.

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En politique, si le peuple est souverain, l’événement est roi. Pris de panique devant l’irruption populaire, l’exécutif a bien dû concéder quelque chose. Pas grand-chose, certes, mais ce serait une erreur de renvoyer, par esprit aigre, les gilets jaunes à une impuissance ou une défaite. Celui qui perd manche après manche, c’est Emmanuel Macron, qui s’accroche désespérément sur la branche de plus en plus glissante de sa légitimité électorale.

Alors qu’il concentre tous les pouvoirs, le président de la République est plus faible que jamais. Il emprunte le gilet de la police comme réponse prioritaire, s’avance a minima et sans garantie sur le niveau de vie, et renvoie la balle aux maires, qui ne savent pas encore s’ils vont conforter leur légitimité ou se retrouver premiers de corvée face à la colère qui monte.

Aux gilets jaunes, le locataire de l’Élysée demande une pause, le temps sans doute de « régler » le nouveau problème posé par… les gilets jeunes, qui, eux non plus, n’ont pas l’air d’accord pour rentrer à la maison. Mais dans son adresse aux Français, ce qui s’est vu aussi, c’est sa capitulation idéologique face au discours lepéniste. Car en annonçant comme voie de sortie à un conflit social un nouveau grand débat sur… « l’identité nationale », l’immigration et la laïcité, Emmanuel Macron enfourche le cheval de la division qu’ont tant agité Nicolas Sarkozy et Manuel Valls. On sait ce que cela produit d’inflammable dans notre pays, psychologiquement et politiquement. Pire, en proposant ce débat, Emmanuel Macron donne quitus à l’interprétation empoisonnée qui fait croire que « le peuple pense comme Le Pen ». Voilà les identitaires et tous les intellectuels de « l’insécurité culturelle » remis en selle, alors que le mouvement des gilets jaunes ne saurait se résumer à la seule fraction xénophobe des classes populaires.

Prenant acte de la propagande lepéniste et des délires qui circulent sur les réseaux sociaux à propos du pacte de Marrakech, Macron la légitime désormais en lui attribuant une raison d’être anti-immigrée (et anti-islam). Cette attitude criminelle donne plus que jamais raison à celles et ceux qui veulent soutenir ce mouvement dans toutes ses revendications de justice sociale et fiscale pour mieux y faire l’indispensable pédagogie antiraciste. À condition de le faire vraiment. Autrement dit : le combat de classe est compatible avec la fraternité humaine. Après tout, ce qui distingue le populisme de gauche de celui de droite, c’est bien qu’il se dit de gauche, non ?


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