La ZAD vivra !

Un an après l’abandon du projet d’aéroport, le bocage nantais n’a pas dit son dernier mot pour préserver sa façon de vivre.

Janvier 2018. Après moult rebondissements, le projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes est abandonné. Une victoire indéniable de la ténacité, de la solidarité des opposants – paysans, zadistes, militants, citoyens solidaires… –, qui ont su unir leurs forces et apprendre les uns des autres pour la cause. Un an plus tard, pour certains, la victoire étant là, la lutte est finie. Mais pour ceux engagés « contre l’aéroport et son monde », la bataille reste vive. En particulier contre la normalisation voulue par les services de l’État. Les habitants de la ZAD, arrivés au gré des envies, des événements, des projets ont construit au fil des saisons un mode de vie alternatif qui ne rentre pas dans les cases de l’administration.

Les discussions entamées au printemps patinent, et les quinze conventions d’occupation précaire (COP) signées – toutes pour des projets agricoles – n’ont pas encore été prolongées. Elles devaient être renouvelées à l’automne, puis début 2019, mais la direction départementale des territoires et de la mer repousse toujours l’échéance. De même, l’état des lieux du taux d’agrandissement des surfaces des exploitants compensés à la suite des expropriations n’a toujours pas été rendu public. Pour Micka, meunier et boulanger à Saint-Jean-du-Tertre, la situation n’a pas bougé d’un iota depuis la dernière fois que Politis l’a rencontré en juillet (Politis n° 1513). Les terres qu’il demande appartenaient à d’anciens agriculteurs, indemnisés lorsqu’ils ont vendu en prévision du projet d’aéroport, et qui sont revenus récemment dans la course. « La préfecture voudrait qu’on s’arrange à l’amiable avec eux, mais pour le moment ce n’est pas en discussion, glisse Micka, un peu amer. Ce serait une solution ou alors il faudra trouver du foncier ailleurs, partir en dehors de la ZAD… »

La question du foncier n’a pas fini d’électriser les discussions. Le 18 décembre, le préfet et le président du département Loire-Atlantique ont trouvé un accord à hauteur de 950 000 euros concernant la rétrocession de 895 hectares, des terres et bâtis dont le département était propriétaire avant 2008, date de la déclaration d’utilité publique du projet d’aéroport. « Mais cela ne concerne pas toute la zone : il reste des propriétaires qui n’ont pas encore fait savoir s’ils veulent la rétrocession de leurs terres ou pas. Le discours affirmant que la ZAD est vendue est faux ! » s’indigne Geneviève Coiffard, militante et soutien infatigable des habitants de la ZAD. Pour ces derniers, « l’État a, sans surprise, fait le pari de la facilité, plutôt que de favoriser la poursuite d’une expérience singulière qui tente de répondre de manière créative aux enjeux climatiques, agricoles et sociaux actuels ».

Depuis plus d’un an, les méninges s’agitent dans le bocage pour imaginer une solution légale permettant de faire des acquisitions tout en garantissant l’esprit de la ZAD : un fonds de dotation nommé « La terre en commun » (1). « L’assemblée des usages voulait quelque chose où il n’y a pas de parts, pas d’actions, pour éviter la gestion spéculative des terres et le retour à la propriété privée, précise Geneviève Coiffard, membre du bureau. Il a été pensé en lien avec notre souci de préserver ce qui s’expérimente depuis des années sur ces terres et qui n’est plus de l’utopie : la pratique des communs. »

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