L’Europe, perdue d’avance ?

On peut toujours parier sur le « sentiment européen » d’une partie de la jeunesse, il manque un fil narratif commun à l'approche des élections européennes.

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Il y a d’abord, encore et toujours, un modèle économique néolibéral sacralisé, une Commission qui reste aveuglée par les déficits, une concurrence fiscale aberrante entre États membres. Les haussements de ton à l’adresse des Gafam n’y changent pas grand-chose : l’Union européenne a depuis longtemps raté l’occasion de montrer l’ambition d’un projet solidaire.

Il y a ensuite – sans jeu de mots – le naufrage moral et politique, tant des États que de l’UE, à l’égard des migrants. À l’heure où nous bouclons, les deux derniers navires humanitaires, le Sea Watch et le Sea Eye, errent dans les eaux de Mare nostrum avec 49 migrants à bord et les deux équipages. Chaque pays renvoie à l’autre la responsabilité d’une solution qu’ils déclarent par avance ne pas désirer.

On peut toujours parier sur le « sentiment européen » d’une partie de la jeunesse qui sait ce qu’Erasmus veut dire, on n’aura pas le début du commencement d’un fil narratif commun. Dans de très nombreux pays, il y a un tel niveau de crise politique qu’on voit mal comment l’Europe peut devenir une solution pour réconcilier des citoyens avec les institutions de leur propre État. Les démagogies et les discours politiques violents prospèrent, la xénophobie et le repli identitaire aussi, les gouvernements croient faire face en durcissant les réponses autoritaires, par un contrôle social renforcé des populations et des mesures de police toujours plus dures.

Dans ce contexte, les élections européennes de mai prochain ne s’annoncent pas autrement qu’une addition de débats nationaux, malgré les stratégies affichées par certains partis politiques. En France déjà, ce travers a toujours été. D’ailleurs, jusqu’au 17 novembre dernier, il s’agissait davantage, pour les uns (LFI, RN, EELV, LREM), de se compter ou, pour les autres, de survivre. Mais tous sautent désormais à la corde au rythme des gilets jaunes, dont on ne sait pas à cette heure s’ils vont essaimer dans chaque liste, faire la leur propre, ou délégitimer encore plus cette élection qui, pour beaucoup de Français, n’est pas la leur.

S’il est vraisemblable que le moment électoral des gilets jaunes viendra de leur lieu de naissance – des ronds-points des villes moyennes, et sera donc des élections municipales de 2020 –, la préparation des élections européennes n’a pas fini d’interroger sur les capacités politiques d’un mouvement social absolument inédit, qui n’attend pas que des réponses de Bruxelles, mais de son propre gouvernement. L’Europe, toujours plus loin…


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