Gilets jaunes sous couvertures

Trois parutions regroupent des analyses de chercheurs pourtant peu enclins, habituellement, à commenter les mouvements sociaux à chaud.

Il fut un temps où les intellectuels ne rechignaient pas à s’engager. Ou, du moins, à réagir à des événements récents, surtout s’il s’agissait de mouvements sociaux, sans craindre même d’emboîter le pas ou, à l’inverse, de s’en prendre aux manifestants et aux personnes engagées dans un mouvement social.

Sans remonter à l’époque désormais lointaine de l’« intellectuel total » cher à Jean-Paul Sartre, qui prenait parti sur quasiment toutes les questions politiques et sociales du pays, chercheurs en sciences sociales ou publicistes à la plume alerte, un brin concernés par une protestation collective, se sentaient jadis légitimes pour s’exprimer et proposer leurs analyses. En particulier lorsque leur domaine de recherche recoupait les préoccupations des personnes mobilisées ou les questions soulevées, adhérant à la démarche de l’« intellectuel spécifique » théorisée par Michel Foucault. Pourtant, depuis les années 1990, sociologues, historiens, politistes ou économistes ont tendance à hésiter, voire à reculer, devant l’idée de prendre position publiquement, sans même parler d’un engagement politique et social en bonne et due forme.

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Le constat est peut-être moins tranché à droite, chez les intellectuels réactionnaires ou conservateurs qui, ayant davantage le vent en poupe, sont plus prompts à déverser leurs diatribes contre les minorités, à se proclamer en faveur de « l’ordre », ou comme récemment, de Luc Ferry à Pascal Bruckner, d’Alain Finkielkraut à Hélène Carrère d’Encausse, à appeler à réprimer militants syndicaux, manifestants anonymes, fauteurs de troubles et « casseurs », voire à inciter les policiers à faire usage de leur arme. Tandis qu’à gauche, le nombre des auteurs aux engagements fréquents a diminué, en dehors de quelques habitués des appels collectifs, pétitions ou tribunes. Pourtant, depuis près de trois mois, le mouvement des gilets jaunes suscite un grand nombre d’interventions de la part d’intellectuels de diverses disciplines.

Le caractère atypique, inclassable mais massif, de cette mobilisation populaire née soudainement a certainement été un moteur important de cette production d’analyses. Mais l’ampleur et la durée exceptionnelle du mouvement ont aussi conduit des chercheurs à proposer des « hypothèses », comme l’explique Sylvain Bourmeau, enseignant-chercheur et directeur du quotidien en ligne AOC, qui fait justement appel à des intellectuels (lire l’entretien ici). Comme il le rappelle, les journalistes, censés commenter et analyser l’actualité, « aiment peu les hypothèses ». Mais la difficulté à saisir, surtout au début, les caractéristiques propres au mouvement et la composition sociologique de ses participants les ont, plus encore que d’habitude, poussés à se tourner vers des sociologues, des historiens ou des géographes.

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