La face cachée de l’art américain

Ce jeudi 7 février, France 3 diffuse un remarquable documentaire de François Lévy-Kuentz qui éclaire les rapports entre art et géopolitique. Ou comment le marché de l’art américain a détrôné Paris pendant la guerre froide.

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Année 1964. La Biennale de Venise accorde son prestigieux Grand Prix au jeune artiste américain Robert Rauschenberg. Après un demi-siècle de règne français, la cité des Doges livre les clés de l’art aux peintres du pop art américain. C’est le triomphe d’une Amérique sûre d’elle-même, avec New York en capitale internationale. Paris mesure déjà son déclin, crie à la trahison.

Ce triomphe trouve ses origines au début de la Seconde Guerre mondiale, quand Varian Fry est chargé d’épauler artistes et intellectuels pour fuir une Europe sous l’emprise nazie. Plus de 2 000 personnes seront exfiltrées vers les États-Unis. En font partie, nombre de surréalistes, formant outre-Atlantique un certain « underground francophone », tous accueillis par le monde l’art américain. Avec une bonne étoile : Peggy Guggenheim (épouse de Max Ernst). Ce sont justement ces artistes français qui vont influencer l’avant-garde américaine, tandis que s’instaure la guerre froide. Dans les grands studios de cinéma, McCarthy a déjà fait son œuvre.

© Politis

Côté toile, on condamne l’art moderne, prétendu communisant et les artistes vendus au communisme, ou supposés, au profit de l’expressionnisme abstrait, sans message politique. En Russie, on prône le réalisme soviétique. Le Moma, à peine créé à New York, grand acquéreur de l’art américain sous la houlette de Nelson Rockefeller, affiche ses intentions de liberté face aux nations, quand la CIA met en place, avec le fameux musée, les instruments (entregent et financement occulte) qui vont placer les artistes US au sommet de l’art mondial, s’infiltrer dans les instances et les arcanes de l’art… Entre l’Est et l’Ouest se joue une bataille psychologique, on le sait. Mais autant qu’en matière d’économie, ou de militarisation, il convient de gagner les esprits. Le marché de l’art en fait partie. La Biennale de Venise, en 1964, en témoigne ; une première victoire des libéraux américains, dont le pop art sera le porte-parole.

Histoire passionnante et dynamique s’il en est, sous un angle original, à la croisée du documentaire culturel, historique et politique (et qui aurait mérité un plus large développement, notamment après l’avènement Warhol), mise en scène par François Lévy-Kuentz, La Face caché de l’art américain enchante d’abord par la qualité de ses archives, dans les couleurs parfois saturées des pellicules de l’après-guerre. Commenté par des historiens, le film s’avance illustré par une foule d’images d’archives, de photographies, une palette conséquente d’artistes majeurs, de Picasso à Rothko, de Motherwell à Pollock, de Breton à Rauschenberg, de Chagall à Duchamp, de Tanguy à Calder. Un arc en ciel de pigments.

La Face cachée de l’art américain, jeudi 7 février, à 23h35, sur France 3 (58’). Egalement en replay sur le site de France 3.


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