Dossier : Social-démocratie : L’Union européenne l’a tuée

La tragédie grecque d’une famille politique

Les partis socialistes sont-ils voués au sort du Pasok, en Grèce, miné par les compromissions avec le néolibéralisme et disparu du paysage ? Seuls quelques-uns, en Espagne, au Portugal ou au Royaume-Uni semblent vouloir inverser le destin.

Traverser le quartier populaire d’Exarchia, au centre d’Athènes, connu pour ses squats et une importante concentration d’activistes d’extrême gauche, réserve une surprise au visiteur. Sur près de cinquante mètres, l’une des artères principales, aux murs couverts comme tout le quartier de graffitis et d’affiches gauchistes, semble soudain en état de siège, avec une imposante rangée de policiers en tenue antiémeute. Le quidam de passage s’inquiète un instant… avant de découvrir que ce déploiement de force est dédié à la protection du siège national et historique du Pasok, le parti socialiste grec, au pouvoir presque sans discontinuer entre 1981 et 2004. Une protection 24 heures sur 24 et 365 jours par an.

Totalement déconsidéré par les politiques austéritaires qu’il a mises en place après le déclenchement de la grave crise économique qui a frappé le pays (bientôt mis sous tutelle par la troïka, c’est-à-dire la Commission européenne, le FMI et la Banque centrale européenne), le parti a ensuite été éclaboussé par de nombreux scandales de corruption touchant ses dirigeants. Surtout, le gouvernement Pasok a laissé la banque états-unienne Goldman Sachs, rouage central de la crise financière mondiale, maquiller les comptes publics du pays. Aux élections de mai 2012, le parti perd les trois quarts de ses sièges au Parlement, et ne rassemble plus que 6 % des voix aux législatives anticipées de 2015, tandis que Syriza, la formation d’Alexis Tsipras, remporte une victoire historique avec un programme s’engageant à tenir tête à la troïka.

L’exemple du naufrage de la social-démocratie grecque pourrait être considéré comme marginal et contraint par l’Union européenne (UE). Pourtant, le Pasok, créé par Andréas Papandréou à la chute de la dictature des Colonels, en 1974, peut à bon droit résumer les dérives de la social-démocratie en Europe, d’abord élue sur un programme keynésien avant de se diriger graduellement vers le social-libéralisme et d’accompagner l’offensive néolibérale.

Le naufrage grec aurait donc dû constituer un enseignement, mieux, alerter les autres formations sociales-démocrates européennes. Il n’en a rien été. Bon nombre d’entre elles, si elles n’ont pas eu à affronter d’aussi graves difficultés économiques, ont suivi la même voie. Au prix d’un accroissement démesuré des inégalités sociales au sein de chacune de leurs nations, notamment en France (1). Les partis socialistes, travaillistes ou sociaux-démocrates européens ont justifié cette ligne d’abandon de leurs principes fondateurs, voire de leur raison d’être, par l’évolution du capitalisme globalisé et la promotion du libre-échange généralisé par l’UE. Or il est un signe révélateur de leur absence de volonté d’y résister. Vieille de plus d’un siècle, créée en 1951 dans sa forme actuelle, l’Internationale socialiste (IS) élit régulièrement son président, un poste certes honorifique mais à forte valeur symbolique et politique. Reconduit à deux reprises depuis 2006, c’est Giórgos Papandréou, dernier Premier ministre socialiste grec (2009-2012), qui préside l’héritière de la prestigieuse Deuxième Internationale, incarnation des compromissions les plus déshonorantes sur le continent et du refus de toute velléité de résistance à l’offensive néolibérale…

Au-delà de la personnalité du leader grec, les socialistes, aux quatre coins de l’Europe, ont cessé peu à peu, dans leur pratique du pouvoir, de maintenir un rapport de force face au patronat. Le premier d’entre eux à emprunter délibérément cette voie a été à l’évidence le Labour au Royaume-Uni. Après des années de gouvernements conservateurs (Thatcher puis Major) qui avaient consciencieusement détruit une bonne part des conquêtes sociales de l’après-guerre, le New Labour de Tony Blair accède aux responsabilités non en rompant avec les politiques précédentes des tories, mais au contraire en les poursuivant, avec un léger vernis social. Après plus de dix ans au pouvoir, le parti sort totalement déconsidéré lui aussi…

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