Cette France d’en bas

Dans un roman-photo âpre, Les Racines de la colère, Vincent Jarousseau brosse un tableau des classes populaires dans un territoire meurtri, entre hier et aujourd’hui.

Jean-Claude Renard  • 19 mars 2019 abonné·es
Cette France d’en bas
© crédit photo : Vincent Jarousseau/Les Arènes

Au printemps 2016, Emmanuel Macron, alors ministre de ­François Hollande, lance son mouvement En marche ! Le choix de ce nom est lourd de sens. C’est une injonction : il faut bouger pour s’en sortir », écrit Vincent Jarousseau en préambule à ce roman-photo, Les Racines de la colère – clin d’œil évident au roman de Steinbeck. Quelques mois avant l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République, le photographe est arrivé à Denain, petite cité d’environ 20 000 habitants, dans le nord de la France, à trois encablures de Valenciennes. Objectif : raconter les gens, partir à la rencontre de ceux qui ne lui « ressemblent pas, non pour juger mais pour comprendre », raconter des trajectoires dans une ville particulière, qui a perdu un tiers de sa population et s’apprête à se donner au Front national, rapporter les distorsions entre un discours politique et médiatique prégnant et les réalités sur le terrain.

À lire aussi >> Vincent Jarousseau, profession sismographe

Denain est une petite ville qui n’a rien de fantôme mais qui vit avec les stigmates de son passé – comme le retrace dans un chapitre liminaire une courte bande dessinée d’Eddy Vaccaro. Au cœur d’un vaste bassin industriel, entre mines de charbon et sidérurgie, les lieux ont connu leur apogée dans les années 1970. Dans cette période de plein-emploi, Usinor s’affichait en fleuron de la production d’acier sur un site long de dix kilomètres. Denain comptait alors quatre cinémas, autant de dancings, une prospérité sans égale. Jusqu’à ce qu’en 1978 la direction décide la suppression de 5 000 emplois sur les 6 790 de l’usine. Un monde qui s’écroule pour des milliers de familles. Manifestations et affrontements suivront. En vain. François Mitterrand ayant abandonné l’idée d’une nationalisation, le site ferme ses portes en 1985. Il est entièrement

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Société Culture
Temps de lecture : 8 minutes

Pour aller plus loin…

« La Vénus électrique », forces d’attraction
Cannes 2026 12 mai 2026

« La Vénus électrique », forces d’attraction

La comédie enjouée et tendre de Pierre Salvadori ouvre le Festival de Cannes avec bonheur.
Par Christophe Kantcheff
France Télévisions : « Notre mission est de montrer la diversité du cinéma tel qu’il existe »
Entretien 12 mai 2026 abonné·es

France Télévisions : « Notre mission est de montrer la diversité du cinéma tel qu’il existe »

Le groupe est le partenaire média, avec Brut, du Festival de Cannes, dont la 79e édition s’ouvre le 12 mai. Directeur du cinéma et des fictions internationales et jeunes adultes, Manuel Alduy répond ici à un certain nombre de questions qui, par ailleurs, ont été dévoyées par la récente commission d’enquête parlementaire dédiée à l’audiovisuel public.
Par Christophe Kantcheff
Master Poulet : à L’Après M de Marseille, « il faut arrêter d’utiliser la nourriture pour stigmatiser »
Reportage 12 mai 2026 abonné·es

Master Poulet : à L’Après M de Marseille, « il faut arrêter d’utiliser la nourriture pour stigmatiser »

La polémique autour de l’ouverture d’un Master Poulet à Saint-Ouen, contestée par le maire Karim Bouamrane (PS), a charrié des enjeux à l’intersection entre classe sociale, racisme et géographie de territoire. Un sujet qui résonne à L’Après M, restaurant solidaire dans les quartiers nord de Marseille.
Par Zoé Cottin
Fin de vie : le Sénat abrège les débats sur l’aide à mourir
Loi 12 mai 2026 abonné·es

Fin de vie : le Sénat abrège les débats sur l’aide à mourir

Les parlementaires ont voté contre l’article sur lequel reposait « l’assistance médicale à mourir », une version plus restrictive du texte adopté à l’Assemblée nationale. Laquelle sera, dorénavant, seul maître à bord du texte.
Par Hugo Boursier