À Amiens, un rassemblement insoumis, unitaire et populaire

Manon Aubry, Jean-Luc Mélenchon, François Ruffin et Evelyne Becker étaient mercredi en campagne dans la capitale picarde. Après un tour en ville et une rencontre avec des ex-Whirlpool, leur meeting a fait salle comble.

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Au premier abord, rien ne différencie le meeting des insoumis, qui s'est tenu le 10 avril à Amiens, des autres. Au premier abord, seulement. Que Manon Aubry, tête de liste de La France insoumise pour les élections européennes ou Jean-Luc-Mélenchon, en queue de peloton, soient présents n’a en effet rien de surprenant. Mais que François Ruffin, le député du cru habituellement peu enclin à prendre part aux campagnes et rassemblements du mouvement, s’affiche à leurs côtés, l’est un peu plus. L’ancienne syndicaliste des Goodyear, Evelyne Becker, 17e sur la liste, complétait l’affiche. « Ce sont quatre personnes que rien ne prédestinait à être ensemble, constate Bastien Lachaud, député de Seine-Saint-Denis et directeur de la campagne pour les élections européennes, je vous aurais dit ça il y a six mois, vous l’auriez cru ? »

Pour l'occasion, François Ruffin avait mis les petits plats dans les grands pour accueillir les candidats européens sur ses terres. Au menu : une balade en ville et quelques vidéos et photos devant un van jaune estampillé « J’veux du soleil », en référence au film de Gilles Perret sur les gilets jaunes, réalisé avec celui que tous appellent le « député-reporter » ; une rencontre avec les anciens employés de l’usine Whirlpool et son sous-traitant Prima ; et un grand meeting, le soir, au complexe Mégacité, en périphérie de la ville durement touchée par les délocalisations.

« Amiens est un symbole de la destruction européenne », rappelle Bastien Lachaud. Délocalisations, chômage de masse… « C’est un tsunami silencieux », explique François Ruffin aux candidats pour les élections européennes, « Goodyear, Whirlpool… même nos pommes de terres Flodor ont été délocalisées », indique-t-il à Manon Aubry, Jean-Luc Mélenchon et Evelyne Becker durant la rencontre avec les anciens salariés. Ce discours, il le tiendra également quelques heures plus tard, quand, devant un millier de personnes, il endossera le rôle de chauffeur de salle pour la jeune tête de liste et le leader de la France insoumise. Car à Amiens, les insoumis ont mis l’accent sur l’impact (néfaste) des politiques libérales et ont dénoncé le mythe d’une « Europe qui protège ». Durant plus d’une demie heure, le député de la Somme reviendra sur les différents traités européens et fustigera, pêle-mêle, le libre-échange, la concurrence libre et non faussée et les multiples reniements de la gauche, enjoignant les électeurs à « dire Manon à Macron ».

Le populisme en terre frontiste

Dernier orateur, Jean-Luc Mélenchon a commenté, notamment, l'interview donnée au Parisien par la tête de liste de La République en marche, Nathalie Loiseau, le matin même. L'ancienne ministre chargée des Affaires européennes y plaide pour un Smic équivalent, au moins, à la moitié du salaire médian. « En France, cela ferait moins de 900 euros », a-t-il rappelé.

Les insoumis avaient pourtant, pour l'occasion, remisés leurs discours les plus radicaux, notamment sur les questions de sortie de l'Union européenne. « La France n’est pas une île, elle ne doit pas tourner le dos au continent, elle ne doit pas lui montrer son cul », a prévenu François Ruffin. Car dans les Hauts-de-France plus qu'ailleurs, les insoumis marchent sur des œufs. Dans cette région la candidate du Rassemblement national (anciennement Front national), Marine Le Pen, est arrivée en tête du premier tour de l'élection présidentielle. Alors, pied à pied, ils déconstruisent son discours et affichent leur soutien aux immigrés, pour marteler leurs différences avec le RN.

L'adversaire, selon le député de la Somm,e est « le banquier, pas les immigrés ». Exit, cependant, les attaques ad hominem à l'encontre de la présidente du Rassemblement national. « Je ne suis pas d'accord pour qu'on la traite de bête de foire », a estimé Jean-Luc Mélenchon sous les applaudissements. « Moi-même quand j'ai dit qu'elle était semi-démente, j'ai précisé que ça lui laissait une bonne moitié », a plaisanté le leader des insoumis.

Mais plus encore que le RN ou la macronie, l'ennemi à combattre, dans la Somme comme ailleurs, c'est l'abstentionnisme. « Le risque ici, ce n'est pas la vague bleu marine, c'est la vague "à quoi bon ?" », glisse un proche de La France insoumise. Alors tous appellent les personnes venues assister au meeting à se rendre aux urnes le 26 mai prochain. « Nous voulons incarner la fierté populaire retrouvée, la fierté des fonctionnaires, des enseignants, des infirmières, des conducteurs de trains, des retraités fiers de leur vie de labeur ! Cette liste, c’est aussi la fierté d’une jeunesse qui prend à bras-le-corps le changement climatique », a tonné Manon Aubry en conclusion, sous les cris de « Résistance ! » scandés par la salle, chauffée à blanc. « C’est un grand moment, les gens, si on a un bon résultat, on donne la pêche à toute l’Europe », a renchéri Jean-Luc Mélenchon.

En légère hausse dans les sondages commandés par les médias, les insoumis atteignent, pour l'heure, 9 % des intentions de votes. Selon les leurs, le résultat sera bien plus haut. « Je ne vois pas pourquoi on ferait moins qu’aux législatives », glisse l'un d'entre eux. Soit 11,3 % au premier tour. La route est encore longue…


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