Dans les ruines de l’Allemagne de l’Est

L’urbex – pour exploration urbaine – est une nouvelle pratique de recherche historique dans des lieux abandonnés, proche de l’enquête de détective. L’ex-RDA fourmille ainsi de richesses oubliées…

Les ruines et les lieux abandonnés, ou vides, attirent, et en particulier ceux du passé récent.

Aujourd’hui, tout un mouvement, l’« urbex » (exploration urbaine), à vrai dire hétérogène, les parcourt avec frénésie. Pour certains, c’est avant tout le frisson de l’aventure ; pour d’autres, c’est une fuite temporaire hors du quotidien. D’autres encore y portent un intérêt esthétique, qui prend surtout la forme de pratiques photographiques. Les motivations s’affirment parfois politiques, quand les urbexeurs, notamment anglo-saxons, entendent lutter contre l’ordre urbain. Souvent, les urbexeurs montrent un intérêt historique pour les lieux visités. Reste que, en général, ce rapport documentaire à l’urbex s’en tient aux ressources disponibles en ligne et à une description très narrative ou factuelle.

En visitant l’Allemagne de l’Est dans les années 2000, j’ai été frappé par la présence massive de ces ruines en milieu urbain, au cœur même des centres anciens parfois : des ruines à la fois imposantes et parlantes, liées au traitement de la RDA dans l’Allemagne unifiée. Avec le temps, avec les voyages répétés, je me suis interrogé sur les passages possibles des réflexions de promenades au travail historien. C’est en pratiquant l’urbex, en pénétrant dans de nombreux bâtiments fermés, parfois de manière illégale, que l’enquête historienne s’est lentement formée. Deux questions se sont vite entremêlées : pourquoi tant d’abandons si visibles et pourquoi surtout – comment – cette présence durable de l’abandon aux yeux de tous ? Ensuite, que peut-on faire, en chercheur, des lieux abandonnés ? J’ai, au total, visité de l’intérieur plus de 230 sites dans l’ex-Allemagne de l’Est et des milliers d’emplacements (lorsque les lieux ont disparu ou ne sont pas « visitables »). Dès les premières « urbex », j’ai été frappé par les détails d’architecture et d’art qui se trouvaient à l’abandon, parfois même des mosaïques ou des peintures d’intérêt, mais aussi par l’oubli de dossiers et de cartons entiers d’archives, du Parti ou de l’entreprise, laissés béants sur des étagères ou souillés dans la boue et les détritus. Il reste aussi des machines et des outils, des stocks entiers produits au temps de la RDA.

Il reste 48% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Décote, départ à 64 ans, valeur du point… On vous dit tout sur la réforme des retraites

Éco/Social accès libre
par ,

 lire   partager

Articles récents