Répression : le précédent algérien

Les dispositifs policier et judiciaire aujourd’hui à l’œuvre contre les contestataires en France ne sont pas sans rappeler les méthodes utilisées pendant la guerre d’Algérie contre les indépendantistes.

Ce qui se passe actuellement en Algérie semble renverser l’adage : dans les rues d’Alger ou d’Oran, le vif saisit le mort.

Le peuple algérien, pris d’un dégagisme gonflé d’espoir, clame sa soif de changement, et les cortèges sont les plus importants depuis la célébration de l’indépendance. Le mouvement revendique désormais ouvertement sa volonté de tout à la fois reprendre et boucler le processus entamé en 1954, et ce contre le système FLN, désormais à bout de souffle tout autant que l’avatar du moment, l’ancien président Bouteflika. Pour autant, de l’autre côté de la Méditerranée, c’est bien le mort qui saisit le vif. La répression policière et judiciaire qui vise désormais tout mouvement social (gilets jaunes en premier lieu) reprend en quelque sorte les dispositifs liberticides installés pendant la guerre d’Algérie. L’atteinte à la sûreté de l’État, qui motive certaines des « fiches S » massivement utilisées de nos jours, était aussi le chef d’inculpation usuel des militants de l’indépendance algérienne entre 1954 et 1962, et l’inclusion des dispositions de l’état d’urgence dans le droit commun donne à l’État des moyens de répression d’une intensité inédite depuis les pouvoirs spéciaux votés en 1956. D’où l’intérêt de revenir sur les modalités de la répression des années de la guerre d’Algérie en territoire métropolitain, pour éclairer celle qui s’abat aujourd’hui, et de comprendre comment les réprimés ont pu s’organiser pour résister.

De 1954 à 1962, 10 000 Algériens au moins furent incarcérés dans les prisons de métropole. Du simple sympathisant arrêté en possession de tracts, effectuant quelques semaines de préventive avant d’écoper d’un non-lieu, aux ministres du GPRA (Gouvernement provisoire de la République algérienne) dont l’avion est détourné par les services français en novembre 1956, en passant par les membres de l’Organisation spéciale arrêtés les armes à la main pour avoir frappé des intérêts français ou œuvré dans le cadre de la guerre fratricide que se mènent Front de libération nationale et Mouvement national algérien, tous ont en commun d’être indistinctement considérés comme « terroristes ».

Il reste 48% de l'article à lire.

   Pour lire la suite de cet article, identifiez-vous ou créez un compte :

Article réservé

Pour lire cet article :

Je choisis un pack
Achetez un pack de crédits
pour accéder à cet article.
Consultez nos offres d’abonnement,
à partir de 8€/mois.
Déjà abonné(e) ?
Identifiez-vous.

Vous pouvez aussi acheter le journal contenant cet article ici

Haut de page

Voir aussi

Articles récents