Un syndicaliste menacé de licenciement à la SNCF

Éric Bezou, cheminot en région parisienne et syndicaliste Sud-Rail, est convoqué vendredi à un entretien préalable à licenciement pour s’être agenouillé devant ses supérieurs. Il reconnaît un geste « d’insolence » mais dénonce une sanction disproportionnée.

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Il n’est pas le premier à essuyer un retour de flamme en raison du contexte social tendu à la SNCF. Éric Bezou, syndicaliste infatigable de Sud-Rail, en première ligne depuis vingt ans dans les luttes salariales au sein de l’entreprise, se retrouve ce vendredi en position d’accusé, sous le coup d’une procédure de licenciement.

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Le 20 mars, le cheminot de Mantes-la-Jolie est reçu en entretien annuel. Ce syndicaliste de 52 ans, qui dénonce depuis des mois le virage managérial expérimenté dans sa zone et multiplie les recours pour défendre les droits de ses collègues, demande, comme depuis trois ans, à être aligné au « niveau 2 » de l’échelle salariale, où se trouvent la quasi-totalité de ses collègues d’équipe. Une évolution refusée par la direction, qui lui reproche son attitude « anxiogène » et juge qu’il n’a « pas la posture d’un agent de maîtrise ».

En « état de choc » et abattu par une décision qu’il estime sans fondement et discriminatoire, Éric Bezou s'agenouille devant ses chefs « pour dénoncer la soumission qu’on nous demande », raconte-t-il.

Dans sa demande d’explication écrite, que nous avons pu consulter, l’entreprise charge davantage son salarié. La scène s’est reproduite quelques minutes plus tard, à son poste de travail, où il aurait cette fois baissé son pantalon. Ce que le salarié nie, reconnaissant uniquement avoir « mimé » le geste licencieux. La direction lui reproche également la présence sur son bureau d’un « couteau d’environ 30 cm de long » et une menace qu’il aurait prononcée : « C’est pour planter les chefs. » L’intéressé affirme plutôt avoir ironiquement répondu à un manager, « tu crois que j’attends les chefs ? », au moment de ranger au réfectoire le couteau à pain « bien loin des 30 cm annoncés » qu’il avait oublié sur son bureau après avoir cassé la croûte.

Deux versions qui s’opposent, à quoi s'ajoute chez le syndicaliste un profond sentiment d’injustice. « Ils m’ont fait craquer », lâche ce routier du syndicalisme, épuisé par un été passé à « gérer la souffrance extrême des très nombreux collègues en dépression, longue maladie, maladies professionnelles, burn-out », rapporte-t-il dans une interview au site Révolution permanente. La réorganisation de son « chantier », qui doit entraîner des suppressions de postes, fait également peser sur lui l’inquiétude d’une mutation non souhaitée.

« J’ai été, certes, insolent, mais ni insultant ni menaçant et encore moins violent (…) C’est une forme de burn-out », estime-t-il dans la même interview, avec la crainte d’être aujourd’hui jugé « sur l’ensemble de [s]on travail syndical plutôt que sur ces faits ». Sanctionné par le passé pour avoir accusé publiquement l’entreprise de management pathogène et de discriminations, il dénonce également les sanctions prises « contre tous ceux qui ne courbent pas l’échine ».

La SNCF, contactée, n’a pas souhaité commenter une « affaire interne ». Elle doit entendre le syndicaliste dans le cadre d’un entretien préalable à licenciement, ce vendredi. Selon la procédure maison, elle aura ensuite 30 jours pour convoquer un conseil de discipline paritaire, lors duquel trois représentants des salariés et trois cadres devront statuer sur la sanction prononcée contre le salarié, et confirmer ou non la « radiation des cadres », le licenciement pour faute grave. En cas d’égalité des votes, la direction régionale devra trancher.

Un rassemblement de soutien est prévu vendredi matin devant la gare Saint-Lazare, ainsi qu’une grève sur la zone de Mantes-la-Jolie.


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