Européennes : la banane verte

Le résultat inespéré d’EELV, en troisième position en France, vient renforcer un très bon résultat des écologistes dans l’Union.

Patrick Piro  • 27 mai 2019
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Européennes : la banane verte
© Crédit photo : Patrick Piro

Un compteur de décibels est accroché au mur du Hang’Art, le bar où EELV tenait dimanche sa soirée électorale. Quand, à 20h14, Yannick Jadot, tête de liste, monte à la tribune pour son discours, la clameur fait monter les chiffres rouges à 100 dB. La foule serrée reprend « On est plus chaud que le climat ! », le slogan préféré des militants écologistes qui marchent tous les mois contre le réchauffement depuis septembre dernier.

EELV était attendu aux alentours de 8 %. Le parti termine avec 13,2 % des voix. En troisième position derrière le Rassemblement national et La République en marche, il enverra 12 députés à Strasbourg (13 après le Brexit), et il le doit en bonne partie à une très nette montée des préoccupations environnementales dans l’opinion. Les 18-24 ans en particulier ont choisi en majorité le bulletin EELV (à 22 %), un public qui a fortement gonflé les marches pour le climat de ces derniers mois à la suite de la « grève de l’école pour le climat » lancée en août dernier par la lycéenne suédoise Greta Thunberg. Le vote des jeunes, frange souvent abstentionniste ou indécise, a contribué à égarer les sondages, qui n’avaient pas non plus anticipé une participation (50,12 %) beaucoup plus élevée que lors des derniers scrutins européens.

Un programme européen radical

Le parti vert peut aussi se targuer de n’avoir pas orienté le 26 mai vers un vote sanction contre la politique d’Emmanuel Macron, tactique adoptée par le RN et la France insoumise. Lors d’une campagne très tournée sur le nombril national et qui n’a pas mobilisé les foules, EELV a défendu un programme européen radical, porté par un Yannick Jadot affûté ainsi qu’un premier rang de candidat·es au parcours engagé et bien identifié (Michèle Rivasi et l’interdiction des pesticides, Damien Carême et l’accueil des réfugiés, Marie Toussaint et la pétition l’Affaire du siècle, etc.). Tirant les leçons de l’échec de son alliance avec Benoît Hamon lors de la présidentielle de 2017, la tête de liste verte recueille les fruits de son choix stratégique – pas de rapprochement opportuniste qui édulcorerait le message écologique.

Le bon résultat d’EELV contribue à ce que Yannick Jadot a décrit comme une « vague verte européenne ». Dans plusieurs pays, les écologistes font une poussée notable. En Allemagne, ils dépassent les 20 % et deviennent la deuxième force politique du pays derrière la droite d’Angela Merkel. Ils dépassent les 10 % en Autriche, Danemark, Finlande, Irlande, Lituanie, Luxembourg, Pays-Bas, Suède. À Strasbourg, le groupe écologiste devrait occuper 67 sièges, contre 52 dans la mandature qui s’achève.

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