Manon Aubry : « Il faut reprendre le contrôle de l’Union européenne »

Manon Aubry, tête de liste des Insoumis venue de la société civile, explique le sens de son engagement. Elle souhaite faire élire des « parlementaires de combat » pour pousser à la révision des traités, mais aussi agir tout de suite contre les logiques néolibérales.

Au coude-à-coude dans les sondages avec la liste Europe Écologie-Les Verts de Yannick Jadot, La France insoumise (LFI) mène une campagne intense pour les européennes du 26 mai et multiplie meetings, rendez-vous et déplacements dans tout le pays. Résolument décidé à plaider contre les traités européens, le mouvement a choisi Manon Aubry, ancienne porte-parole d’Oxfam (1), pour incarner cette campagne. Un programme que la tête de liste de LFI décline en « pour » (pour la transparence, pour les services publics…) et en « contre » (contre les pesticides, contre l’exil fiscal…). Mais elle nous livre aussi une analyse plus mesurée : des « parlementaires de combat » peuvent agir dans le cadre du Parlement européen tel qu’il est, une sortie de l’Union n’est pas envisageable, ni même envisagée, quand bien même la modification des traités serait un impératif pour amorcer la transition démocratique et écologique tant souhaitée.

À quelques jours du scrutin, voulez-vous toujours faire des élections européennes un référendum anti-Macron ?

Manon Aubry : Oui, mais pas uniquement. Nous, La France insoumise, nous disons qu’il y a trois raisons d’aller voter : la première, c’est le référendum anti-Macron. Il ne faut pas le laisser gagner dans les urnes parce que, si la liste LREM sort en tête du scrutin le 26 mai, Emmanuel Macron le vivra comme une validation de sa politique antisociale menée en faveur des plus riches. Sans compter que la politique qu’il mène au niveau français est l’application de recommandations européennes, comme la casse du droit du travail ou les coupes budgétaires dans les services publics. La deuxième raison, c’est qu’il faut envoyer au Parlement européen des parlementaires de combat. Et la troisième, c’est la nécessité de construire une alternative politique à l’extrême marché et à l’extrême droite.

Comment travailleront ces « parlementaires de combat » ?

Ils partageront leur temps entre le Parlement et le terrain. Nous ferons encore du porte-à-porte, des visites sur les marchés, nous apporterons notre soutien à des mobilisations sociales. Nous serons à l’image de ce que sont les députés insoumis à l’Assemblée nationale : une force de propositions présente sur le terrain. Notre vision, c’est d’avoir des élus qui ne sont pas enfermés dans leur tour d’ivoire à Paris, à Strasbourg ou à Bruxelles. Regardez les députés de La République en marche ! Ils sont plus de 300 et ils vivent tous dans un monde parallèle. Nous ne serons pas comme ça.

Quels combats souhaitez-vous incarner ?

C’est au Parlement européen que sont délivrées les autorisations sur les pesticides, que s’effectue le contrôle sur la transparence des multinationales – pour savoir si elles font de l’évasion fiscale –, que se décide la libéralisation des services publics. Sur ces questions, les parlementaires sont invités à voter « oui » ou « non ». Avec les eurodéputés insoumis, vous savez pour quoi vous votez : nous voterons contre le glyphosate, contre les traités de libre-échange, pour la transparence des multinationales, pour savoir si elles paient bien leurs impôts. Nous voterons aussi pour nos services publics. Pour une politique agricole commune réorientée en faveur des petits agriculteurs paysans, en faveur de l’agriculture de proximité. La liste est longue… Et pour faire ça, il nous faut un maximum d’élus. Par exemple, le « quatrième paquet ferroviaire », qui a libéralisé le rail, s’est joué à 24 voix ! 24 députés, ce n’est pas grand-chose.

Comment comptez-vous lutter contre les lobbys ?

La première certitude que nos électeurs doivent avoir, c’est que nous ne céderons pas aux lobbys. Je connais bien les lobbys pour les avoir combattus quand je travaillais dans le monde associatif contre l’évasion fiscale, et c’est peut-être la meilleure garantie. Au niveau institutionnel, il faudra davantage les encadrer. Il existe un registre où ils peuvent s’inscrire au Parlement européen, mais qui n’est pas obligatoire. Il faut qu’il le devienne. Il faut aussi plus de transparence en termes de financement. Ai-je besoin de rappeler que Monsanto finance le groupe ALDE auquel LREM se rattache ?

La France insoumise est le parti dont l’électorat est le plus susceptible de ne pas aller voter. Pourquoi ?

La vraie question est : qu’est-ce que ça dit de la démocratie ? Ça veut dire que les gens, et nos électeurs en particulier, se sentent si éloignés de l’échelon européen qu’ils s’interrogent même sur la pertinence de voter à une élection dont le cadre est si peu respectueux de la souveraineté populaire. Beaucoup de nos électeurs sont aussi ceux qui ont voté « non » au référendum sur la Constitution européenne en 2005, et auxquels on a pourtant imposé un « oui » en 2007 [adoption du traité de Lisbonne – NDLR]. Ils se demandent à quoi bon continuer à se mobiliser. Et, au fond, on peut les comprendre. Tout notre travail, en ce moment, c’est de montrer à quel point l’Union européenne est présente dans notre quotidien et à quel point il faut en reprendre le contrôle.

Cela ne montre-t-il pas une fracture au sein de votre électorat ?

La France insoumise est, sociologiquement parlant, le parti politique avec l’électorat le plus diversifié, en termes d’âges et de catégories socioprofessionnelles. Sur les catégories socioprofessionnelles, j’ai été surprise de voir à quel point c’est mixte. Je ne crois pas en l’analyse politique qui consiste à dire qu’il y a deux électorats en notre sein auxquels il conviendrait de tenir deux discours différents. Je pense par exemple qu’un électorat populaire peut être tout aussi sensible aux questions écolos que les « bobos parisiens ». À ces deux électorats-là, qui n’en forment en fait qu’un seul, il faut tenir le même discours, y compris sur les européennes. Y compris sur la sortie des traités. Et nous prenons d’ailleurs le temps de l’expliquer. Notre position, c’est de dire : les traités européens tels qu’ils existent empêchent de mener la politique de progrès social et de justice fiscale que nous souhaitons conduire. On ne peut pas, par exemple, investir massivement dans la transition écologique à cause de la règle des 3 % de déficit (2).

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