Dossier : Qui a peur des véganes ?

L’antispécisme nous rentre dans le lard

De la limitation de la viande dans l’assiette à l’abolition revendiquée de l’élevage, la cause animale a pris une place croissante dans l’espace public, s’invitant même en politique, sur fond de polémiques.

La statue de Marianne dégouline de rouge, aspergée de faux sang, place de la République à Paris. Le message accusatoire lancé samedi dernier par Boucherie abolition est explicite : l’État est complice d’un « holocauste » permanent, par la mise à mort de quelque trois millions d’animaux par jour dans les abattoirs. Le groupe, qui réclame l’abolition pure et simple de l’élevage, est la frange la plus radicale des près de 3 000 manifestants qui défilaient en une « marche rouge » à l’appel de l’association L214. Notoire pour ses vidéos chocs d’animaux d’élevage maltraités, cette dernière se « contente » de demander la fermeture de tous les abattoirs, car « derrière chaque morceau de viande, il y a un être sensible ! » Ces militants défendent une position morale et philosophique qui reconnaît une égale considération des intérêts des individus, qu’il s’agisse d’humains ou d’animaux sensibles, capables de manifester de la souffrance ainsi qu’une aspiration au bien-être et à la poursuite de leur vie : l’« antispécisme » s’oppose au « spécisme » dominant, qui privilégie les intérêts de l’espèce humaine, justifiant l’exploitation des animaux pour son profit. Le Parti animaliste, qui lutte pour le bien-être animal, avait mêlé ses drapeaux aux banderoles des associations. Il a recueilli 2,17 % des voix lors des élections européennes du 26 mai dernier – une surprise.

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Depuis quelques mois, une ébullition désordonnée s’est emparée du débat public autour de la cause animale. Pas une semaine ne passe sans une initiative, du simple appel à « manger moins de viande » à l’exigence d’un abandon « immédiat » de toute exploitation animale. Il est acquis que l’élevage, bovin en particulier, est l’une des activités les plus émettrices de gaz à effet de serre, et les défenseurs du climat le critiquent depuis longtemps pour cet impact. Plus récemment, se sont banalisées des incitations à réduire la portion carnée de notre alimentation, au nom des enjeux planétaires mais aussi sanitaires (limitation des maladies cardio-vasculaires, etc.). S’y adjoint désormais le respect du bien-être animal, qui fait largement consensus.

Ces trois objectifs sont conjointement déclinés par l’appel pour le « Lundi vert » – une journée par semaine sans viande ni poisson –, lancé en janvier dernier par des scientifiques et signé par 500 personnalités (Isabelle Adjani, Isabelle Autissier, Juliette Binoche, Lolita Lempicka, Éric Piolle, Matthieu Ricard…). Déclinant en France une campagne déjà en cours dans une dizaine de pays, l’initiative pourrait séduire potentiellement beaucoup de monde. En 2018, selon une enquête annuelle du Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie (Crédoc), 35 % des Français entraient dans la catégorie « flexitarisme », déclarant avoir réduit leur consommation de viande au profit d’une alimentation plus végétale. Ils étaient 23 % en 2015. Le végétarisme – soit un « lundi vert » tous les jours – regroupe en revanche bien moins d’adeptes. À peine 1 % à 2 % de la population, mais quand même un triplement depuis vingt ans, selon le Crédoc. Quant au véganisme, qui adopte une alimentation végétalienne (éviction de tout aliment animal, dont œufs, miel, laitages, etc.) et s’interdit l’utilisation de produits issus de l’exploitation des animaux (cuir, laine, soie, etc.), il ne concernerait que 0,5 % des Français, estime l’institut Xerfi.

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