Les enfants pourront-ils encore accéder aux soins dont ils ont besoin ?

Tribune. Quatre pédiatres du centre hospitalier de Niort ont décidé d’informer la population et d’interpeller les autorités de santé et les élus, afin que des décisions soient prises pour que les hôpitaux publics puissent continuer à garantir les soins de qualité à l’ensemble de la population… y compris aux enfants !

Collectif  • 1 juillet 2019
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Les enfants pourront-ils encore accéder aux soins dont ils ont besoin ?
© crédit photo : CALMETTES / BSIP

Le système de santé se dégrade rapidement en France alors qu’il était considéré comme le meilleur au monde par l’OMS en l’an 2000. Les enfants sont particulièrement touchés par cette dégradation et leur accès aux soins est compromis à court terme, notamment en cas d’urgence, ou en cas de pathologie lourde.

Pourquoi a-t-on rendu malade l’hôpital public, et au sein de l’hôpital, les services d’urgences, urgences pédiatriques, services de pédiatrie ?

La démographie médicale est en chute : la situation vécue aujourd’hui était annoncée il y a… trente ans ! Le numérus clausus des études médicales avaient été tellement serré pour motifs économiques, que le nombre de médecins actuels prenant leur retraite est toujours nettement supérieur au nombre de nouveaux médecins formés.

Pour trouver des pédiatres, les hôpitaux doivent recruter dans des pays étrangers !

Les urgences pédiatriques de Niort (comme tous les services d’urgences en France) doivent faire face à un nombre de passage qui a explosé, de 2 500 passages en 2000 à près de 14 000 en 2018.

Cette multiplication de recours aux urgences hospitalières est liée en grande partie à l’absence de prise en charge possible en soirée ou la nuit en dehors de l’hôpital (ou, aux autre horaires, à des délais jugés trop longs par les familles), et aussi à une plus grande anxiété de la population demandant une réponse immédiate pour des situations bénignes ou non urgentes. Les urgences sont donc encombrées de situations ne relevant pas des urgences hospitalières. Cet embouteillage allonge les temps d’attente avec des risques réels liés aux délais trop longs pour des personnes ou enfants nécessitant des soins urgents. Cet afflux inadapté épuise aussi médecins et personnel paramédical, qui doivent gérer de plus l’agressivité et le stress des familles liés aux temps d’attente trop longs.

La carrière hospitalière ne fait plus rêver (contrairement au passé). De nombreux jeunes médecins s’orientent directement vers l’exercice libéral et fuient la contrainte des gardes qui font 24 heures d’affilée, sont très lourdes et source de stress.

En effet, nos gardes sont particulièrement difficiles, car, entre 18h et 9h le lendemain matin, une seule pédiatre a la responsabilité de plusieurs sites : urgences pédiatriques, salle de naissance, néonatalogie avec secteur de soins intensifs, et service de pédiatrie. Il existe parfois simultanément deux urgences à risque vital, l’une sur le site des urgences pédiatriques, et l’autre en salle de naissance ou en secteur de soins intensifs !

Les départs de pédiatres hospitaliers se succèdent massivement à Niort et en France. Faute de solution à apporter à très court terme pour permettre aux pédiatres d’exercer dans des conditions sécurisantes pour les enfants et aussi pour les pédiatres, les hôpitaux vont continuer à se vider des pédiatres.

Qui s’occupera des nouveaux-nés en détresse vitale à la naissance, des prématurés, des nourrissons ou enfants présentant des maladies sévères nécessitant des soins dans une structure hospitalière ?

De plus, des mesures en voie d’être appliquées vont à la fois accélérer la casse de l’hôpital public et la désertification de la pédiatrie hospitalière, et aussi donner une formation incomplète et au rabais aux futurs médecins généralistes :

Les internes qui se destinent à la médecine générale apprennent jusqu’à présent leur métier en faisant plusieurs stages de six mois dans différents services hospitaliers, dont la pédiatrie, et aussi en cabinet libéral. Ce travail en compagnonnage leur permet d’acquérir une bonne expérience pratique et de bonnes connaissances, en étant confrontés à de très nombreuses situations concrètes tout en ayant la sécurité d’être accompagnés par des médecins spécialistes. Cette formation pratique avec déjà une casquette de médecins juniors et responsables (puisque recevant un salaire et ayant le droit de prescrire), est une formation de qualité venant compléter de nombreuses années d’études théoriques.

Or cette formation est largement grignotée : ainsi, le stage de six mois en pédiatrie serait remplacé par un stage chez un médecin généraliste recevant 30 % d’enfants dans sa clientèle, entraînant une baisse très importante du nombre d’enfants et de situations vues. De plus, le médecin formateur n’étant pas spécialiste de l’enfant, la formation ne sera pas aussi complète.

Cette mesure donnera le coup de grâce aux hôpitaux qui ont aussi besoin, pour fonctionner, d’avoir des équipes médicales mixtes comportant des spécialistes et des internes

Ces mesures incohérentes vont anéantir les services hospitaliers déjà à l’agonie, laissant l’hôpital public comme une coque vide. Le danger est réel pour la population et notamment pour les enfants qui n’auront plus accès aux soins pour de très nombreuses pathologies nécessitant un recours à l’hôpital.

Pourtant, des solutions existent et elles peuvent contribuer à sauver l’hôpital public et les services de pédiatrie-néonatalogie. Parmi celles-ci :

• Répartir la permanence de soins sur toutes les structures existantes avec un retour vers la cohérence : l’hôpital public est destiné à recevoir les urgences. Les consultations non urgentes ou bénignes doivent être traitées en dehors de l’hôpital. Les établissements privés doivent également contribuer à la permanence des soins et tout médecin, qu’il soit généraliste ou spécialiste, devrait participer à la permanence de soins dans le niveau ou la spécialité pour laquelle il/elle a été formé•e.

• Maintenir les stages hospitaliers pour les internes qui se destinent à la médecine générale, et maintenir l’obligation de faire un semestre dans un service de pédiatrie.

• Les études de médecine étant gratuites pour les étudiants car subventionnées par l’État, dans le contexte actuel, il serait légitime de demander un « reversement » pour les internes en fin de cursus, sous la forme de deux années obligatoires de travail à l’hôpital avec un statut d’assistant et une reconnaissance salariale correcte. Ces postes doivent être répartis équitablement sur les différentes structures et territoires de France afin d’éviter des structures surdotées et des désertifications de certains territoires

• Le niveau du numérus clausus doit être calculé au plus vite pour rétablir une démographie médicale adaptée aux besoins de la population.

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Tribunes

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