Trop-perçus à Pôle emploi : « J'ai l'impression d’être puni car je travaille »

La CGT-Chômeurs s’est mobilisée jeudi matin au Pôle emploi de Noisy-Le-Sec en soutien à un aide ménager en conflit avec l'établissement public. Le syndicat alerte sur les trop nombreuses erreurs de l'administration ainsi que sur les conséquences désastreuses de la réforme de l’assurance-chômage.

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Kafkaïen ». C’est le mot qui est utilisé plusieurs fois par ses soutiens pour décrire l’histoire de Sébastien. Employé à domicile d'une quarantaine d'années, il a bénéficié en 2016 de l’allocation de retour à l’emploi (ARE) suite au décès de son employeur principal tout en continuant à travailler à temps partiel. Pôle emploi était visiblement au courant de sa situation, puisqu'il a effectué chaque mois son actualisation en déclarant ses heures travaillées et ses salaires perçus – entre 600 et 800 euros. Pourtant, 16 mois plus tard, Pôle emploi lui réclame un premier trop-perçu de 99,82 euros.

Après un an de démarches (déplacements, courriers, mails, appels téléphoniques... ), Pôle emploi a pris la décision d’effacer cette dette jamais justifiée. Mais un mois plus tard, l’organisme public lui réclame un nouveau trop-perçu de 826,16 euros qui dépasse, selon lui, le montant total de l’allocation perçue sur la période, signe qu’il y aurait une erreur manifeste de la part de Pôle emploi.

L'organisme public a annulé depuis 326,16 euros et suspendu les 500 euros restants « du fait de sa situation financière ». Mais Sébastien, qui enchaîne les emplois précaires, a toujours peur qu’on vienne à un moment lui réclamer cette somme. Alors même qu'il avait potentiellement de nouveaux droits à l’assurance chômage, il a préféré renoncer à les utiliser, par peur d’avoir de « nouveaux trop-perçus » à l’avenir. Il a toutefois décidé de se battre et de contester les « actuels trop-perçus ». Il a saisi la CGT-Chômeurs, syndicat qui lutte depuis quarante ans pour les droits des « privés d'emplois ».

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Dramatique réforme de l’assurance-chômage

Jeudi matin, ils sont une bonne quinzaine à être venus dès l'ouverture occuper le hall de l’administration et réclamer que Sébastien soit enfin reçu par la direction du Pôle emploi de Noisy-le-Sec. Des gilets rouges de la CGT côtoient des gilets jaunes. Il y a aussi Sabine Rubin, députée LFI de Seine-Saint-Denis, ceinte de son écharpe tricolore. Sébastien l’a contactée pour lui raconter ses démêlés avec Pôle emploi.

Sensible à son histoire, elle tenait « absolument à être là » afin de lui témoigner son soutien :

Avec la réforme de l’assurance chômage qui va durcir l’accès aux indemnités, ces situations vont se multiplier, ce qui est dramatique dans un département comme le 93. Plusieurs rapports, dont celui du parlementaire Cornut-Gentille, pointent la grande précarité à laquelle est confrontée la Seine-Saint-Denis. Je vais m’adresser au Premier ministre à l’Assemblée. Ce n’est pas possible d'appliquer telles quelles des réformes qui vont avoir un impact si dur dans certains territoires.

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Une petite victoire et du désespoir

Est-que la présence de l’élue insoumise a porté ses fruits ou est-ce la force du nombre ? En tout cas, une réunion a été consentie entre Sébastien et la direction de Pôle emploi. Pendant qu’a lieu la rencontre, ses soutiens discutent dans le hall avec les quelques journalistes présents. Les agents de sécurité se tiennent éloignés mais gardent un œil sur la petite troupe. Selon Jean-Claude, représentant syndical à Pôle emploi, « le cas de Sébastien est symptomatique du sort des travailleurs précaires qui ont de multiples employeurs et qui peuvent cumuler allocations et salaires. Sauf qu'il y a parfois des erreurs de Pôle emploi et on leur réclame de l'argent à tort. Les privés d'emploi ne vont pas toujours avoir le courage de faire des démarches pour contester. Alors que la seule solution, c'est de gueuler, comme on le fait aujourd'hui ».

Sébastien sort de son rendez-vous avec la directrice du Pôle emploi. Première « petite victoire », l'administration a pour la première fois reconnu « une erreur» mais demande à l'employé à domicile de lui renvoyer tous les éléments du dossier avant de statuer définitivement sur son cas. Sébastien se dit « triste d'avoir autant attendu et d'avoir dû faire tout cela pour que son cas soit enfin étudié ».

Devant le Pôle emploi se tient un homme d'une cinquantaine d'années le visage fermé. À lui aussi, on réclame des trop-perçus. Depuis une quinzaine d'années, il enchaîne les contrats dans le bâtiment. Son corps est abîmé, ses doigts déformés. Analphabète, père de cinq enfants, il se sent démuni face à Pole emploi :

J'ai l'impression d’être puni car je travaille. Si je ne faisais rien, je n'aurais pas de soucis. Ce n'est pas juste.

En lui, semble monter une rage, un désespoir. « Je ne crois plus en rien, je ne crois pas aux syndicats. La France se vante d'être un pays de droits mais ce n'est pas le cas ! »


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