Disparition : Benjamin Dessus, l’énergie du citoyen

Ingénieur et économiste, Benjamin Dessus est décédé le 6 octobre. Politis perd avec lui un compagnon de route. Hommage.

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Benjamin Dessus nous a quittés dimanche 6 octobre à l’âge de 80 ans, et nous perdons avec lui un compagnon de route de grande valeur, citoyenne, professionnelle et humaine.

Notre première rencontre, à la fin des années 1980, fixe quelques impressions fortes qui ne se démentiront jamais. Chevelure et barbe foisonnantes, il règne en « baba » sur un bureau vieillot aux allures de placard : il anime, au CNRS, un programme interdisciplinaire sur les problèmes d’énergie et d’environnement. ­Benjamin Dessus n’aura pas dragué les voies royales pour faire mousser sa carrière… Pourtant, l’approche qu’il défend est exactement celle que réclame l’histoire de la crise écologique planétaire naissante. Il acceptera avec enthousiasme de chroniquer dans nos pages.

Ingénieur et économiste, Benjamin Dessus réfutait l’épithète de « militant » : rejetant toute argumentation idéologique, il défendra toute sa vie une position d’expert indépendant, exigeant qu’on vienne l’affronter sur le terrain des chiffres et des faits. Posture salutaire, car les publications de ­Global Chance, association qu’il cofonde en 1992, démontent le consensus nucléaire, délitent les calculs officiels, déstabilisent les dogmes en matière d’énergie. Et s’il signe en 2005 l’ouvrage So watt ? L’énergie, une affaire de citoyens (L’Aube), avec Hélène Gassin, chargée de campagne à Greenpeace, il s’affiche dans la lignée naissante de ces scientifiques qui estiment de leur responsabilité de contribuer aux débats publics cruciaux de l’époque.

Esprit en alerte permanente, Benjamin Dessus savait nous « emmerder » avec ses trouvailles sur le prix de l’électricité ou la menace escamotée du méthane, puissant gaz à effet de serre. Le 18 juin 2009, il cosigne dans Politis une tribune accusant de « dérives dangereuses » un Claude Allègre alors en plein militantisme climatosceptique. L’ex-ministre déposera plainte pour diffamation. Pendant des mois, Benjamin Dessus rassemblera des kilos de documents étayant ses dires. Allègre retirera sa plainte trois jours avant l’audience.

Éminemment attachant, Benjamin Dessus nous parlait aussi de sa peinture et de ses engagements citoyens (habitat collectif, solidarité internationale, etc.). Il restait très pudique sur les épreuves personnelles qui l’ont usé à la fin de sa vie, continuant à se battre avec ses armes de toujours. Le 13 septembre, il faisait encore circuler une tribune dézinguant l’irrationalité du débat économique sur les déchets nucléaires. Nous assurons sa femme, Catherine, et sa famille de nos pensées émues et très amicales.


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