Les coups de gomme de Bolloré

Des paysans cambodgiens poursuivent le groupe français pour sa responsabilité dans la spoliation de leurs terres ancestrales.

Dans l’entrée grisâtre du tribunal de grande instance de Nanterre, des silhouettes passent le portique de sécurité puis s’engouffrent dans un dédale de couloirs jusqu’à la petite salle d’audience 2.89. Ce mardi 1er octobre, une délégation de neuf Cambodgiens de l’ethnie des Bunongs a franchi plus de 10 000 kilomètres pour représenter 80 paysans qui accusent le groupe Bolloré de les avoir spoliés de leurs terres ancestrales et nourricières pour y implanter des hectares d’hévéas.

En 2011, la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH) a publié un rapport, « Cambodge : terrains défrichés, droits piétinés (1) », dans lequel elle explique que, depuis quelques années, les terres autochtones du pays ont été énormément absorbées par des concessions foncières octroyées à des industriels de l’agroalimentaire. La situation de la commune de Bousra, dans la région de Mondulkiri, d’où sont originaires les plaignants, reflète cette emprise progressive de la mondialisation sur le quotidien des communautés autochtones. Les terres basaltiques du nord-est du pays, surnommées terres rouges, excellentes pour l’hévéaculture, ont attiré dès 2007 les magnats du caoutchouc.

Silencieux et l’air grave, les cultivateurs observent la joute verbale entre leur avocat, Me Fiodor Rilov, et les trois de la partie adverse. Attentive, la présidente interpelle régulièrement les interprètes afin qu’ils expliquent la situation administrative, un brin compliquée. Car, malgré les quatre années de procédure déjà passées, il n’est pas encore l’heure d’aborder le fond de l’affaire. L’enjeu du nouvel acte de cette bataille judiciaire est de récupérer des documents clés du côté des plaignants (contrats, liste des dirigeants, comptes, listes des clients, etc.) pour démontrer les liens entre le géant Bolloré et les différentes sociétés impliquées dans la gestion de ces plantations, la Compagnie du Cambodge, la Socfin-KCD, dont le groupe Bolloré est actionnaire à près de 39 %, et Terres rouges consultant, liquidée en 2012. « C’est une situation totalement inédite ! clame Me Rilov. Vous avez la société Terres rouges consultant, qui a son siège dans la tour Bolloré à Puteaux, en France, et qui affirme dans les documents sociaux et ses rapports de gestion que nous possédons : “J’assure la gestion de Socfin-KCD au Cambodge”, c’est-à-dire la société qui encadre les plantations d’hévéas. » Pour lui, une question majeure justifie la demande de tous ces documents : « Quels sont réellement les fondements contractuels pour lesquels la société Bolloré peut s’engager à modifier les plantations ? » Les paysans cambodgiens demandent également une expertise sur le terrain pour constater les dégâts ainsi que des dommages et intérêts, et la possibilité de retrouver leurs terres.

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