Briser les chaînes des esclaves modernes

Jainab Buton se bat depuis 2012 pour faire condamner le diplomate saoudien et sa femme qui l’ont exploitée pendant trois ans. Et s’engage auprès de ceux qui subissent le même sort.

Sur le perron du palais de justice de Paris, sur l’île de la Cité, la démarche de Jainab Buton est déterminée. « Je veux en finir avec cette affaire. Que justice soit enfin rendue », déclare cette femme de 49 ans aux yeux cernés, d’origine philippine, avant d’entrer dans la chambre sociale de la cour d’appel. Arrivée dans la capitale il y a dix ans, Jainab a été réduite en esclavage durant trois ans derrière les murs d’un immeuble cossu du XVe arrondissement par ses employeurs, un couple de Saoudiens. Sa plainte contre eux remonte à 2012. Mais, depuis, les renvois se sont enchaînés pour arriver à cette audience du 5 novembre, dont le jugement doit être rendu le 11 décembre. Dans les dix minutes accordées par la cour, Me Anick Fougeroux, avocate bénévole de Jainab et présidente de SOS Esclaves, tente de décrire « l’enfer vécu » par sa cliente.

En 2009, Jainab a 39 ans ettravaille au domicile d’un employé de l’ambassade d’Arabie saoudite. Dès qu’elle est arrivée à Paris, ses patrons lui ont confisqué son passeport, mais elle garde précieusement son contrat de travail, qui indique un salaire de 900 euros pour 35 heures de travail par semaine. En réalité, c’est 250 euros qu’on lui donne, et encore, pas tous les mois. Elle travaille jour et nuit, sans congés ni temps libre. En plus du ménage, du repassage, de la cuisine, etc., Jainab s’occupe des six enfants de la famille, en particulier d’une des filles, atteinte d’autisme. « Elle dort au pied de son lit, à même le sol, car l’enfant fait des crises d’épilepsie pendant la nuit », raconte l’avocate. Après deux ans de calvaire, son contrat est normalement terminé. Mais ses employeurs refusent de la laisser partir et de la payer, à moins qu’elle ne soit remplacée par un membre de sa famille. En 2012 arrive sa cousine Dahina. Comme celui de Jainab, son billet d’avion – aller simple – a été payé par l’ambassade saoudienne. Mais Jainab n’est pas libre pour autant. Sans leurs papiers, les deux Philippines restent prisonnières. Jainab menace d’appeler la police, en vain. Par la fenêtre de sa chambre, elle jette un morceau de papier avec écrit dessus « Help ! », que personne ne ramassera. En 2012, à bout, les deux femmes s’enfuient. Avec 50 euros en poche, elles montent dans un taxi. Au chauffeur, Jainab indique l’un des seuls mots français qu’elle connaisse : « Prud’hommes ».

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