Xinjiang : Révélations sur l’enfer des camps chinois

Le 25 novembre, 17 médias ont publié des directives internes de l’État chinois décrivant les méthodes de détention mises en place à l’encontre des Ouïghours.

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Orwell a dû se retourner plus d’une fois dans sa tombe, tant son nom, devenu adjectif, a été utilisé ces dernières années. Pourtant, « orwellien » est bien le premier qualificatif qui vient à l’esprit quand on lit le détail des mesures de répression mises en place par le pouvoir chinois à l’encontre des Ouïghours et d’autres minorités musulmanes. Le deuxième est « concentrationnaire ».

Le 25 novembre, 17 médias, dont Le Monde, réunis au sein du Consortium international des journalistes d’investigation, ont publié des directives internes de l’État chinois décrivant les méthodes de détention mises en place au Xinjiang. On y apprend notamment l’ampleur du dispositif de surveillance de ces populations. Policiers et fonctionnaires sont ainsi chargés de transférer des informations sur chaque membre de la communauté ouïghoure sur une « plateforme intégrée d’opérations conjointes ». Cette gigantesque base de données filtre ensuite la population, listant chaque semaine les noms de milliers de personnes à interner au motif d’un comportement suspect – avoir prié peut suffire.

La centaine de camps d’internement, où plus d’un million d’Ouïghours seraient détenus, constituent le cœur de la politique menée par Pékin depuis 2016. Mais leur appellation officielle – « centres d’éducation et de -formation » – dissimule mal leur -réalité coercitive. Les détenus, qualifiés d’« étudiants », y sont soumis à une « éducation idéologique » partagée entre l’apprentissage du mandarin, la « pensée de Xi Jinping » et « la repentance et l’aveu », soit l’autocritique, un grand classique chinois. Les détenus doivent ainsi réfléchir au « caractère illégal, criminel et dangereux de leur comportement passé » et mettre leurs fautes supposées par écrit pour être punis. D’anciens détenus aujourd’hui réfugiés à l’étranger relatent également des viols répétés de jeunes femmes par les gardes et l’existence de chambres de torture.

Si de plus en plus d’États dénoncent aujourd’hui cette politique de rétention et d’endoctrinement, à l’ONU, Pékin organise sa contre-offensive. Début novembre, 54 pays, sous la houlette de la Biélorussie, saluaient « positivement les résultats en contre-terrorisme et déradicalisation » de la Chine au Xinjiang. Face à eux, 23 États, dont la France, demandaient à la Chine « de respecter ses engagements internationaux » sur les droits humains. Mais rares sont ceux à avoir traduit ces déclarations en actes. « Si le monde ne réagit pas, nous allons disparaître, déclarait Rebiya Kadeer, porte-parole ouïghoure en exil, il y a un an dans Politis (n° 1530). Les mots ne suffisent plus. »


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