À Marseille, les syndicats sont prêts

Dans une ville habituée aux larges cortèges, les organisations syndicales préparent un mouvement dans la durée.

Victor Le Boisselier  • 4 décembre 2019
Partager :
À Marseille, les syndicats sont prêts
© Photo : Manifestation syndicale à Marseille contre les mesures d'austérité, le 9 avril 2015 (BORIS HORVAT / AFP)

Francis tient le plan de bataille entre ses mains. Sur sa feuille, le parcours de la manifestation est tracé au feutre noir. Le militant du syndicat Solidaires récapitule devant ses troupes: « Donc départ à 10h30 du vieux port. » L’organisation est déjà bien rodée : une garderie sera mise en place pour permettre aux parents d’aller manifester, et chacun s’est arrangé pour pouvoir venir manifester sans encombre : « On est à Marseille ici, on a des plans B, on s’est débrouillé pour dormir dans le centre », lance l’un des militants. Le syndicat avait même proposé un système de logement solidaire pour les habitants des villes alentours.

Si la journée du 5 sera déterminante, Francis l’avoue : « On prépare déjà l’après.» Dès le lendemain après-midi, les assemblées générales vont se succéder dans tous les corps de métier afin de décider de la reconduite ou pas du mouvement : « Nous tiendrons une AG de coordination pour faire le point sur ce qu’il s’est dit un peu partout. Les actions de vendredi dépendront des initiatives prises par secteur.»

À la Bourse du Travail, l’UD 13 de la CGT n’a qu’un seul objectif : « Retirer le projet de réforme grâce aux blocages. » Après avoir raté le coche de l’assurance chômage, voilà deux mois qu’elles préparent cette mobilisation. Le secrétaire général Olivier Mateu, hausse les épaules: « La paralysie? Il n’y a que ça qu’ils comprennent de toute manière ! » Dans le département, 300 appels à la grève ont été lancés, dont 45 dans le privé. Au moins cent devraient être reconduits. « Une seule journée ne peut pas suffire », avoue Olivier Mateu. « Certains ne s’engageront peut-être que deux heures par jour à des moments clés, d’autres deux jours par semaine, mais on va oœuvrer pour la continuité du mouvement. »

Une nouvelle journée de mobilisation est déjà prévue samedi 7 décembre à l’occasion de la journée de manifestation annuelle pour les chômeurs et les précaires. « Ensuite il y aura une date charnière le 9 après 96 heures… Mais certains ont déjà un programme jusqu’au 12 ou 13. Il va falloir passer cette date.»

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Quartiers populaires : une culture politique capable de mobiliser
Quartiers populaires 17 juillet 2026 abonné·es

Quartiers populaires : une culture politique capable de mobiliser

À rebours d’une démocratie réduite aux élections, une pratique quotidienne et autonome de l’engagement politique existe dans les quartiers populaires. Entre solidarités et résistances de l’ordinaire, culture de la street et parole critique, une ouverture qui tranche avec un ordre établi.
Par Ulysse Rabaté
Fraternité en résistance
Solidarité 17 juillet 2026 abonné·es

Fraternité en résistance

Dans la vallée de la Roya, à la frontière franco-italienne, des habitants ont choisi d’aider des personnes migrantes traquées par l’État français. La solidarité y est devenue un combat politique. De cette lutte est née Emmaüs Roya, une communauté agricole et sociale que raconte Cédric Herrou.
Par Cédric Herrou
Engagement populaire : la relève est déjà là
Quartiers 17 juillet 2026

Engagement populaire : la relève est déjà là

Sanaa Saitouli (Banlieues Climat) revient sur l’émergence de nouvelles personnalités politiques issues des quartiers populaires, héritières de décennies de luttes souvent ignorées. À l’approche de 2027, ces voix sont indispensables. Elles reflètent celles d’habitants concernés et conscients des enjeux sociaux, écologiques et démocratiques qui traversent aujourd’hui le pays.
Par Sanaa Saitouli
Football : l’homophobie occupe toujours le terrain
Enquête 16 juillet 2026 abonné·es

Football : l’homophobie occupe toujours le terrain

Tandis que la Coupe du monde 2026 s’achève, il demeure difficile pour un joueur de se déclarer gay. En France, si les instances professionnelles proposent aujourd’hui des ateliers de sensibilisation aux discriminations, les pouvoirs publics peinent à prendre les mesures nécessaires.
Par Bérénice Paul