Brésil : Du deuil à la lutte

Les minorités sociales se mobilisent très activement face aux violations répétées de leurs droits, qui se sont aggravées depuis l’arrivée au pouvoir de Jair Bolsonaro.

Patrick Piro  • 8 janvier 2020 abonné·es
Brésil : Du deuil à la lutte
L’hymne des femmes, le 13 décembre, à Brasília.© Patrick Piro

Le portrait de son fils, assassiné en 2015, est peint sur trois mètres de hauteur à même un mur de sa rue. Le bleu des yeux illumine un visage paisible. Nívia Raposo pose une main maternelle sur celle de Rodrigo. Il avait 19 ans et débutait dans la livraison de repas chauds à Nova Iguaçu, l’une des treize communes de la Baixada fluminense. Cette grande périphérie au nord de Rio de Janeiro est réputée la plus violente de l’agglomération.

Un jour, la milice est venue demander de l’argent à Rodrigo, au motif qu’elle assurait désormais, comme pour tous les commerces du quartier, sa « protection ». Ces mafias, qui recrutent fréquemment d’ex-membres de la police ou de l’armée, infiltrées dans divers secteurs économiques et corrompant des pouvoirs politiques locaux, gangrènent la région. Le jeune homme refuse le racket. Il est abattu quelques jours plus tard.

Nívia Raposo rejoint alors le Réseau des proches et des victimes de la violence d’État dans la Baixada fluminense, fondé pour réclamer justice après le terrible massacre du 31 mars 2005 : vingt-neuf personnes, adultes et enfants, sont fauchées à l’aveuglette dans les rues de Nova Iguaçu et de Queimados. Le « coup de sang » de policiers militaires, mécontents d’une sanction contre un commandant notoirement violent… L’enquête conduira à des incarcérations limitées.

« Ces familles modestes en sont devenues malades, abandonnées à leur souffrance, souvent incapables de réagir après ces crimes », témoigne Nívia Raposo. L’association leur fournit une assistance psychologique et sociale, mandate des avocats pour saisir le ministère public (1), s’articule avec des groupes similaires dans le pays. « Les familles sont paralysées par la peur, il faut briser le mur du silence. » La pratique du mémorial de rue se répand pour transmettre la mémoire des victimes. Un documentaire parvient à rassembler des témoignages. Il délie les langues lors des débats. « Nous insistons sur l’emprise du racisme. Les gens en ont peu conscience, alors que la situation empire depuis Bolsonaro. En majorité noire ou métisse, la population ne s’imagine pas réclamer l’éducation, la santé, la culture… »

Et le droit de vivre en sécurité. « Pouvoir circuler sans risque dans la rue,

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