Israël : Trous de mémoire

À Yad Vashem, Emmanuel Macron a prononcé un discours au goût d’inachevé.

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Invité au mémorial de Yad Vashem à l’occasion de la commémoration de la libération du camp d’Auschwitz, Emmanuel Macron a prononcé un discours au goût d’inachevé. S’exprimant après le vice-président américain, Mike Pence, et le Premier ministre israélien, Benyamin Netanyahou, le président français a estimé que « nul n’a le droit de convoquer ses morts pour justifier quelque division ou quelque haine contemporaine […]. Car tous ceux qui sont tombés nous obligent à la vérité, à la mémoire, au dialogue, à l’amitié ». Il est vrai que les deux orateurs qui l’avaient précédé à la tribune avaient grossièrement profité de la circonstance pour prononcer des diatribes contre l’Iran, Netanyahou appelant même à agir contre les « tyrans de Téhéran » pour éviter une « autre Shoah ». On devine donc l’allusion de Macron. Le problème est que la rhétorique de l’allusion est peu adaptée à des personnages qui ne font pas dans la demi-mesure. Tout se passe comme si Macron n’avait pas eu le courage d’aller au bout de sa réflexion, en évoquant par exemple le sort des Palestiniens.

La seule idée de commémorer le souvenir d’Auschwitz à Jérusalem était étrange. C’était donner un statut de représentant du judaïsme à un Premier ministre qui pratique une terrible politique coloniale. Une confusion qui n’est pas du meilleur effet quand on prétend lutter contre l’antisémitisme. En toutes circonstances, il faut évidemment visiter le mémorial de la Shoah à Yad Vashem. Mais peu de visiteurs savent que, par un très malheureux symbole, il a été construit à un kilomètre du village martyr de Deir Yassine, lieu du massacre de la population palestinienne commis par les milices sionistes en avril 1948. Cruel contraste entre un juste devoir de mémoire et un coupable oubli. Sur le chemin du retour, Emmanuel Macron a souhaité, devant trois journalistes du Monde, du Figaro et de Radio J, que la mémoire sur le colonialisme français en Algérie « ait à peu près le même statut que celui de la Shoah pour Chirac en 1995 ». Quelles que soient les intentions, peut-être louables, du président français, la comparaison ne s’impose pas. D’autant que la maladroite évocation de Jacques Chirac trahit surtout la volonté de marquer l’histoire d’une empreinte personnelle.


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