« Si la direction nous demande d’ouvrir l’agence, on refusera »

Série #lesdéconfinés sur Politis.fr. Le monde est en pause, mais eux continuent de s’activer. En ces temps d’épidémie, découvrez ceux qui ne sont pas confinés. Aujourd’hui, Dominique*, banquière.

Victor Le Boisselier  • 23 mars 2020
Partager :
« Si la direction nous demande d’ouvrir l’agence, on refusera »
© Photo d'illustration : Mehdi Taamallah / NurPhoto / AFP

Dès le début de semaine, notre directeur a pris la décision de baisser totalement le rideau de l’agence. Il a fait remonter à son supérieur sa décision, au nom de notre santé. Etre ouvert aux clients je n’en vois pas l’utilité, ils téléphonent ou viennent poser leur question tout en restant derrière la grille. Nous avons reçu des gants et des masques seulement en fin de semaine dernière et nous n’avions toujours pas été livrés en gel hydrolalcoolique ce samedi…

#Lesdéconfinés, une série de témoignages sur le travail et les nouvelles solidarités pendant le confinementNous cherchons des témoignages de personnes qui ne vivent pas leur confinement comme tout le monde. Si vous êtes obligés de sortir pour travailler ou si vous devez sortir pour créer de nouvelles solidarités (association, voisinage), racontez-nous votre expérience et envoyez-nous un mail.
On voit une grosse différence entre les établissements : une collègue d’une grosse agence niçoise doit continuer de travailler coûte que coûte sur ordre de sa hiérarchie, avec contacts avec les clients, qui viennent sans se rendre compte du danger qu’ils encourent et qu’ils font encourir aux banquiers.

Nous, même si la direction nous demande d’ouvrir, on refusera. On continue d’accompagner les clients, mais on ne veut pas mettre nos familles en danger. Je continuerai d’aller travailler si on me demande d’aller travailler, je n’ai que le trajet à faire en voiture, ce n’est pas loin de chez moi. Chez nous, seuls les directeurs peuvent faire du télétravail. Il y a en ce moment des tests pour définir la manière de procéder au niveau de la sécurité informatique, notamment avec l’utilisation du Wi-Fi. Et puis télétravail, sans téléphone professionnel, cela veut dire qu’on laisse notre numéro personnel aux clients…

La banque fonctionne au ralenti de toute façon, il n’y a pas beaucoup de demandes. On ne va pas faire de prêts, ni de souscriptions à des assurances auto-habitation. L’urgence, c’est surtout les artisans et professions libérales dont on s’occupe. Il y a des demandes de suspensions de prêts, des angoisses pour la suite. Il y a des procédures en cours pour permettre aux personnes qui ne toucheront pas leur salaire ou qui sont en chômage partiel de suspendre leur prêt sans frais et ne pas avoir d’agios en cas de découvert. Après, ce sera du cas par cas.

*Le prénom a été changé

Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

« Les interdictions de manifestation révèlent un affaiblissement préoccupant de l’État de droit »
Entretien • 3 novembre 2026 abonné·es

« Les interdictions de manifestation révèlent un affaiblissement préoccupant de l’État de droit »

Nathalie Tehio, avocate et présidente de la Ligue des droits de l’Homme, décrypte les mécanismes du virage autoritaire et appelle à une mobilisation collective pour défendre les libertés fondamentales.
Par Pierre Jacquemain
Depuis le 17 octobre, la surenchère autoritaire
Analyse • 3 novembre 2026 abonné·es

Depuis le 17 octobre, la surenchère autoritaire

Marine Le Pen, Jordan Bardella, Gabriel Attal, Édouard Philippe, Bruno Retailleau, Emmanuel Macron… Les pontes de la droite et de l’extrême droite redoublent de propositions toujours plus sécuritaires face à la colère sociale.
Par Lucas Sarafian et William Jean
Un étudiant enfermé au CRA de Vincennes après son interpellation en marge d’une manifestation
Répression • 30 octobre 2026

Un étudiant enfermé au CRA de Vincennes après son interpellation en marge d’une manifestation

Seize personnes étrangères ont été enfermées au centre de rétention administrative de Vincennes après les dernières manifestations. Parmi elles, Stanislas*, 18 ans, étudiant de Paris 8, interpellé en marge de la mobilisation du 24 octobre. Ses avocats mandatés par la Legal Team Antiraciste dénoncent un « acharnement » qu’ils qualifient « d’illégal ».
Par Pauline Migevant
Martin Sellner, l’homme qui se cache derrière le concept raciste de « remigration »
Portrait • 30 octobre 2026 abonné·es

Martin Sellner, l’homme qui se cache derrière le concept raciste de « remigration »

Finalement interdit par les autorités, le Sommet de la remigration devait se tenir le 31 octobre en Île-de-France, réunissant l’extrême droite européenne et outre-Atlantique autour du projet d’expulsion massive de personnes d’origine étrangère. Star de l’événement, l’autrichien Martin Sellner, théoricien et militant identitaire qui a imposé le terme dans le débat public, a été expulsé de France. Portrait.
Par Juliette Heinzlef