Disparition : Henri Weber, du trotskisme au PS

Henri Weber, qui a succombé à l’âge de 75 ans du Covid-19, avait été, en 1965, l’un des trois fondateurs de la Jeunesse communiste révolutionnaire.

Olivier Doubre  • 29 avril 2020
Partager :
Disparition : Henri Weber, du trotskisme au PS
© Photo : Bruno Coutier/AFP

Sur une photo dans Paris Match – « qui fera plus pour ma gloire que mes harangues les mieux inspirées », comme il l’a écrit dans ses mémoires, Rebelle jeunesse (Robert Laffont, 2018) –, on le voyait, en mars 1966, manche de pioche à la main dans la cour de la Sorbonne, « accueillir » un commando du groupe fasciste Occident… Henri Weber, qui a succombé à l’âge de 75 ans du Covid-19, le 26 avril, après plus d’une semaine en réanimation, avait été, en 1965, l’un des trois fondateurs de la Jeunesse communiste révolutionnaire (JCR), avec Daniel Bensaïd et Alain Krivine. Sa vie est un peu le roman d’une génération. Henri Weber était né en 1944 dans un Tadjikistan alors soviétique, où ses parents juifs polonais avaient fui les nazis avant d’être internés dans un camp de travail stalinien. Après guerre, la famille rentre en Pologne, où l’antisémitisme est virulent, puis émigre en 1948 en France. Il grandit dans le quartier de Belleville, se politise dans le chaudron du lycée Jacques-Decour, entre en 1962 à la Sorbonne. C’est Alain Krivine qui l’amène alors au trotskisme, au sein de l’Union des étudiants communistes, dont ils sont exclus lors d’un mémorable congrès en 1965 par la direction stalinienne, représentée alors par Pierre Juquin et Guy Hermier – deux futurs « rénovateurs » au PCF ! Mais c’est en mai 1968 que le dirigeant de la JCR (et responsable de son redouté service d’ordre) devient un leader étudiant, emmenant des manifs et tenant des barricades. Il n’abandonne pourtant pas la philosophie et est appelé, à la création de la faculté de Vincennes, par Michel Foucault, qui en dirige le département. Il vient alors d’écrire avec Daniel Bensaïd Mai 68, une répétition générale ? (Maspero), bilan du mouvement selon la Ligue communiste à peine créée, après la dissolution de la JCR. Au fil des années 1970, ses convictions trotskistes se fissurent. Bientôt docteur en philo et prof à Paris-8, il s’éloigne du trotskisme, travaille sur l’eurocommunisme, les écrits de Max Weber, de Kelsen, mais aussi de Benjamin Constant ou de Tocqueville. Il quitte la LCR « sans bruit » et rejoint le PS en 1986, où il devient l’un des plus fervents soutiens de Laurent Fabius, sénateur (de 1995 à 2004) dans le fief de celui-ci, la Seine-Maritime, suivant alors les dérives progressives d’un parti qu’il voulait « fièrement social-démocrate ».

Politique
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

La Chine, révélatrice des tensions à gauche sur les enjeux internationaux
Analyse 15 mai 2026 abonné·es

La Chine, révélatrice des tensions à gauche sur les enjeux internationaux

Alors que Donald Trump termine son voyage diplomatique à Pékin, en France, les formations de gauche ne cachent pas leurs divergences sur la position à tenir vis-à-vis de Xi Jinping. Même si les positions, en réalité, ne sont pas si éloignées.
Par William Jean et Martin Eteve
À gauche, le casse-tête de la candidature
Gauche 13 mai 2026

À gauche, le casse-tête de la candidature

À gauche, la désignation présidentielle est devenue un piège autant qu’une nécessité. Derrière les appels à l’union persistent des fractures stratégiques et idéologiques. Tour d’horizon des options.
Par Pierre Jacquemain
Gauche : le piège du RN
Analyse 13 mai 2026 abonné·es

Gauche : le piège du RN

La possibilité d’une arrivée de l’extrême droite au pouvoir ne relève plus de la fiction politique. Face à une société fracturée, la gauche peine à retrouver un récit commun et une stratégie de conquête capables d’incarner une alternative majoritaire.
Par Pierre Jacquemain
2027 : la gauche et les écologistes en ordre dispersé
Analyse 13 mai 2026 abonné·es

2027 : la gauche et les écologistes en ordre dispersé

Fragmentée par ses contradictions sur l’immigration, les questions identitaires, l’écologie et l’international, la gauche française apparaît prisonnière d’un désordre qui dépasse largement ses querelles d’appareil. Elle peine à reconstruire un récit commun capable de répondre à la peur du déclassement comme aux défis démocratiques et climatiques.
Par Denis Sieffert