Catherine, directrice d’école : « Un principe de solidarité élargi, oui. Mais rouvrir, ce n’était pas possible »

Récit d’une rentrée pas comme les autres, par celles et ceux qui en ont la charge. Catherine Da Silva, directrice d’une école en Seine-Saint-Denis (93), nous raconte le déroulement de cette semaine particulière. Témoignage (4/6)

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Catherine, directrice d’école : « Un principe de solidarité élargi, oui. Mais rouvrir, ce n’était pas possible »
© Photo : Martin BUREAU / AFP

À Saint-Denis, les écoles ne sont pas ouvertes. Plus exactement, celles qui le sont restées durant la crise sanitaire ont élargies le principe de solidarité – qui vaut pour les enfants des personnels prioritaires – aux enfants en décrochage scolaire et numérique. Mais pas seulement. « Dans les sept ou huit écoles qui accueillent les enfants, sur les soixante-douze que comptent la commune, nous accueillons aussi les élèves qui sont dans des conditions sociales difficiles, détaille Catherine Da Silva, directrice d’une école qui fonctionne sur ce principe d’accueil solidaire.

« Les objectifs fixés » sont-ils vraiment « remplis » comme l’affirme Jean-Michel Blanquer ? Selon lui, 1,4 million de jeunes élèves sont retournés à l'école et près de 4 000 collèges, en « zone verte », ont rouverts leurs portes (1). Des chiffres contrastés par la fermeture de plusieurs dizaines d'établissements suite à la découverte de cas porteurs du virus, et l'amer constat des personnels pédagogique : ce ne sont pas les élèves les plus en difficulté sociale et scolaire qui reviennent.

Celles et ceux qui vivent des camps de Roms, ou des hôtels sociaux par exemple. Ces élèves là ne sont pas forcément scolarisés dans notre école, mais ils sont redirigés ici en fonction des « alertes » ou des demandes des équipes pédagogiques de la commune. Ce sont elles qui ont identifié et appelé les élèves qui pourraient avoir le plus besoin d’être présent·es. Cela leur permet souvent de raccrocher au scolaire, mais aussi de changer d’air, d’avoir plus d’espace ou de bénéficier d’un repas. »

Un service minimum et social mis en place dans quelques écoles faute de pouvoir rouvrir l’ensemble des établissements scolaires de la ville. Au sein de l’école de Catherine, « il n’aurait de toute façon pas été possible d’envisager un retour progressif des élèves comme le voulait Blanquer. Le protocole sanitaire n’auraient pu être mis en place, notamment parce que manquons de personnels pour la désinfection (très) régulière des locaux. Pour elles et eux, le travail est déjà considérable ! Cela aurait été intenable, et c’est vrai sur l’ensemble de la ville. Cela-dit, la mairie a joué le jeu et nous a fourni ce dont nous avions besoin : gel, lingettes mais aussi téléphones portables pour les personnels de directions qui en ont besoin pour communiquer avec les familles ou faire le lien avec les différentes équipes enseignantes. »

Car sur les soixante quinze élèves accueillis dans cette école, beaucoup n’y sont pas scolarisés en temps normal. « Cela demande aux équipes pédagogique de s’adapter car, même si nous avons essayé de les garder par niveaux, toutes et tous n’en sont pas au même point. Et il faut aussi recréer un groupe classe : les élèves ne changent pas, mais les enseignant·es tournent. Cela leur demande de se réinventer, de repenser leurs méthodes d’enseignement mais aussi de se mettre dans un contexte de partage qui passe presque uniquement par la voix. Même si on a des masques, et que c’est difficile à tenir. On ne peut pas voir les sourires. »


(1) Si Blanquer assure que 90% des établissements du premier degré ont rouvert, une enquête du SNUipp-FSU, syndicat majoritaire du premier degré, évoque une réouverture de 70% d’entre eux.

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