Dans les CRA, une justice en visio rendue loin des regards

Depuis le covid et la loi asile et immigration promulguée en janvier 2024, la justice en visioconférence se développe dans des annexes de tribunaux au sein des centres de rétention. Ces audiences cruciales pour la liberté des personnes menacées d’expulsion ont lieu sans public et au mépris des droits de la défense.

Pauline Migevant  • 15 octobre 2025 abonné·es
Dans les CRA, une justice en visio rendue loin des regards
© Corinne Simon / Hans Lucas / AFP

Dans une petite salle aux murs jaunes, d’environ 3 mètres sur 7, un jeune homme de 20 ans se tient bras croisés, devant un écran surmonté d’une caméra. L’éclairage est artificiel. Des barreaux se devinent derrière la fenêtre qui ne laisse pas passer la lumière. « Je vais entendre votre avocate, celle du préfet et vous aurez la parole en dernier », dit la juge, qui apparaît à l’écran depuis la cour d’appel de Paris, en s’adressant au jeune homme.

On est dans l’annexe du tribunal, située au sein du centre de rétention administrative (CRA) du Mesnil-Amelot (77), à deux pas de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle. « Je ne sais pas pourquoi je suis là », lui a-t-il dit juste avant. Trois autres hommes assis côte à côte sur un bloc de chaises fixées au sol le regardent. Ils ont fait appel de la décision du juge des libertés et de la détention (JLD) de les maintenir en rétention, et vont défiler un à un devant l’écran le temps que la juge examine leur dossier. Ça ne dure jamais plus d’une poignée de minutes.

Ce matin d’octobre, il n’y a personne avec les retenus dans la salle, hormis quatre policiers. Le CRA est loin et mal desservi. Après l’aéroport, il faut encore prendre un bus et marcher dix minutes. Sans banc, la pièce n’est de toute façon pas pensée pour accueillir du public.

Bugs techniques

De l’autre côté de l’écran, l’avocat de permanence s’adresse au juge :« Les droits de mon client n’ont pas été respectés. » L’homme n’a pas été nourri en garde à vue, puis il a été placé en local de rétention administrative « dans l’impossibilité de contacter une association ou un avocat ». Il n’a pas pu contester à temps son placement en rétention. Par moments, on ne comprend rien. La voix de l’interprète, lui aussi près du juge, se superpose aux autres. Parfois, l’image se brouille, et le bruit des fauteuils qui se déplacent ou de documents feuilletés empêche de bien entendre.

Souvent, les personnes enfermées en CRA ne comprennent pas grand-chose à ce qui se passe.

M. Milly

L’avocate de la préfecture – voix machinale, débit rapide – demande de confirmer la décision de maintien en rétention. Quand c’est son tour de parler, le jeune homme assure : « Ça fait trois ans que je suis en France, sans faire de problème. » Sa voix trahit son stress :« C’est la première fois que je suis dans un endroit comme ça. Je veux juste sortir et quitter la France. C’est tout. »

L’homme sort de la salle, escorté par un policier, et un autre s’assied. 9 dossiers du Mesnil-Amelot sont examinés par la cour. « Que souhaitez-vous me dire ce matin ? », demande la juge à chaque retenu. « Si tu veux me libérer, je rentre chez moi. S’il te plaît », lui répond un autre jeune de 19 ans. « Chez vous où ? », demande la juge. « En Algérie », répond le

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