Justice : les défendre tous

Notre Voyage autour de nos chambres #45 vous propose de voir ou revoir le premier film documentaire de Joseph Beauregard, Les Avocats du salopard. Une approche extra-ordinaire sur le travail des avocats et sur une plaidoirie autour d’Émile Louis.

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Cour d’assises de Draguignan, mars 2004. S’ouvre le procès (très médiatisé) d’Émile Louis. Contexte tendu. Quatre ans plus tôt, l’actualité s’était tournée vers cet ancien chauffeur de bus, accusé d’avoir enlevé et assassiné sept gamines handicapées de la DDASS, entre 1977 et 1979, en Bourgogne. Émile Louis avait reconnu les faits en garde à vue, puis s’était rétracté devant le juge d’instruction. Au procès de Draguignan, Émile Louis est également accusé, par sa seconde femme, de violences sexuelles et d’actes de barbarie. Sa belle-fille, mineure au moment des faits, l’accuse de viols par personne ayant autorité. La coupe est pleine. Ils sont quatre avocats pour défendre Émile Louis. Alain Fraitag, et Renaud Arlabosse, deux cadors, Lionel Alvarez et Alain Thuault.

Un parfait salaud

Les quatre avocats se retrouvent ainsi à Draguignan, en mars 2004 pour le premier procès d’Émile Louis. C’est bien le moins pour défendre le parfait salaud. Derrière la banalité de deux prénoms pour se faire un nom, Émile Louis a le physique de l’emploi, celui de la gouape infecte qui doit dérouiller séance tenante devant la vindicte populaire. Pour les avocats, reste tout de même à faire le boulot, de façon impartiale et équitable, comme l’exige la Cour européenne des droits de l’homme.

Pour son premier film documentaire, produit et financé entièrement par lui-même, Joseph Beauregard (Beuve-Méry/De Gaulle ; La parole est aux gardes des Sceaux) plantait sa caméra dans ce quotidien. Non les audiences (il n’y a pas un seul plan du salopard, ni des témoins à la barre) mais leur habillage et déshabillage. Beauregard n’apporte aucun commentaire à ses images. Il use intelligemment des archives sonores de la radio (France Info) pour illustrer, contextualiser. Pas de criminel en images, déjà très exploité par les médias alors, mais la partie ingrate pour la défense d’un cas peu ordinaire. Pour le réalisateur, un exercice de sobriété. Idem pour les avocats. Il y a assez de scandale en Émile Louis pour ne pas avoir à en rajouter. Beauregard marque à la culotte ses défenseurs.

L’ordinaire dans l’extraordinaire

Et c’est tout l’intérêt du film. Qui prend son temps sur les moments de concentration, de réflexion, les attentes et l’impatience, les échanges à voix basse, les entretiens avec la presse, les besoins de décompression après les assauts répétés et avant la délicate construction d’une plaidoirie. Le réalisateur saisit les bas-côtés : des souvenirs d’audience, des séquences drolatiques, le café du coin, l’hôtel un peu plus loin, un petit-déjeuner propice à l’anecdote, les coups de fil personnels, l’achat d’un sandwich pour l’accusé. Des ingrédients qui soulignent l’ordinaire dans l’extraordinaire, le naturel dans le pas commun.

Là-dedans, le verdict a peu d’importance, parce que peu importe le crime pourvu qu’il soit jugé. Les quatre avocats du salopard ne se posent pas de question là où il n’y en a pas. Pour Joseph Beauregard, il s’agissait de « montrer une grammaire de cette profession, une métaphysique des avocats du salopard dans un huis clos respectant la règle dramaturgique des trois unités ». L’intention est à la hauteur de la réalisation.

Les Avocats du salopard, Joseph Beauregard (1 h 21).

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