Le pari du Conseil national de la nouvelle résistance

Face à l’incompétence du gouvernement, à la tentation de l’autoritarisme et la mise en œuvre de la stratégie du choc, une vingtaine de personnalités ont suscité la création d’une structure nouvelle pour mener le combat du monde d’après.

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Faire revivre « Les Jours heureux ». C’est l’objectif que se fixent une vingtaine de personnalités « en dehors des partis et des syndicats (mais pas contre eux) ». Ils sont philosophes, sociologues, juristes, économistes, médecins (1), et viennent de constituer le Conseil national de la nouvelle résistance (CNNR) « pour mener le combat du jour d’après (…) en [se] plaçant sous la tutelle de l’histoire, des luttes sociales et écologiques contemporaines ». Leur « ambition » affichée « est d’offrir un point de ralliement à toutes celles et ceux, (individus, collectifs, mouvements, partis ou syndicats) qui pensent que "les Jours heureux" ne sont pas une formule vide de sens mais le véritable horizon d'un programme politique ».

Ce nouveau Conseil national de la résistance n’aurait sans doute pas pris cette appellation si Emmanuel Macron, dans son adresse solennelle à la Nation, le 13 avril, n’avait pas promis qu’après la crise provoquée par la pandémie de Covid-19 « nous retrouverons les jours heureux ». Cette allusion transparente au titre – Les Jours heureux – du programme politique et social publié clandestinement par le Conseil national de la Résistance au mois de mars 1944, avait suscité autant de colère que d’indignation chez tous ceux qui, depuis plus d’une décennie, maintiennent le souvenir des idéaux et réalisations de ce programme contre les attaques du néolibéralisme dont le chef de l’État et son clan sont de fervents exécutants (Voir la chronique de Sébastien Fontenelle du 22 avril).

Il n’est donc pas surprenant de retrouver au secrétariat de ce CNNR, le réalisateur Gilles Perret dont le film « Les Jours heureux », sorti en 2013, a grandement contribué à entretenir la mémoire du projet de société issu de la résistance (Voir ici et ). Ou le comédien Samuel Churrin qui avait appelé à la création d'un nouveau Conseil national de la résistance dans une tribune publiée sur Politis.fr le mois dernier. Encore moins de trouver à la co-présidence d’honneur de ce CNNR deux résistants : Anne Beaumanoir et Claude Alphandéry.

Une action en deux temps

Déterminés à agir « face à l’incompétence [du] gouvernement, à la tentation chaque jour plus grande de l’autoritarisme [et] à la mise en œuvre d’une stratégie du choc », le CNNR entend « dans un premier temps (…) énoncer les principes selon lesquels notre société devra désormais être gouvernée » et envisage « de sommer les responsables politiques de prendre des engagements vis-à-vis d'eux ». Il annonce une publication du résultat de ses premiers travaux le 27 mai, à l’occasion de la journée nationale de la Résistance.

« Dans un deuxième temps, à partir de ces principes, il s’agira de nourrir le plus largement possible ce programme des idées et des propositions de chacun afin qu'il soit opérationnel au plus vite. »

Cette initiative, annoncée dans un texte et une vidéo, se distingue des traditionnels appels unitaires de personnalités politiques, syndicales et associatives, dont la dernière variante publiée sur notre site et plusieurs autres médias invite à construire l’avenir au cœur de la crise. C’est louable. Elle n’en est pas moins un pari encore un peu flou. Un peu fou aussi. Les co-fondateurs de ce CNNR en ont sûrement conscience, eux qui revendiquent cette phrase de Bertolt Brecht : « Ceux qui se battent peuvent perdre, ceux qui ne se battent pas ont déjà perdu. »


(1) Le premier Conseil National de la Nouvelle Résistance (CNNR) est composé de 10 femmes et de 10 hommes : Anne Beaumanoir (co-présidente d'honneur), Juste et résistante ; Claude Alphandéry, (co-président d'honneur), résistant ; Dominique Méda, professeure de sociologie ; Dominique Bourg, philosophe, professeur honoraire à l’Université de Lausanne ; Samuel Churin, comédien (coordination des intermittents et des précaires) ; Danièle Linhart, sociologue du travail ; Sabrina Ali Benali, médecin et militante ; Pablo Servigne, auteur et conférencier spécialiste des questions de transition écologique ; Olivier Favereau, professeur émérite de sciences économiques à l'université Paris- Nanterre ; Yannick Kergoat, monteur-réalisateur ; Jean-Marie Harribey, économiste, maître de conférence, membre des Économistes atterrés ; Anne Eydoux, maîtresse de conférence au Cnam, membre des Économistes atterrés ; Dominique Rousseau, professeur de droit constitutionnel à l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne ; Pauline Londeix, ex vice-présidente d'Act Up-Paris, co-fondatrice de l'Observatoire de la transparence dans les politiques du médicament ; Antoine Comte, avocat à Paris ; Véronique Decker, enseignante et directrice d’école, syndicaliste et militante pédagogique ; Fatima Ouassak, politologue, porte-parole du syndicat Front de Mères ; Anne-Claire Rafflegeau, infirmière et porte-parole du collectif inter-urgences ; Clotilde Bato, présidente de Notre Affaire à Tous, déléguée générale chez SOL Alternatives Agroécologiques et solidaires ; Benoît Piédallu, membre de La Quadrature du Net.

Son secrétariat, moins paritaire, est composé de : Gérard Mordillat (cinéaste, romancier), Gilles Perret (réalisateur, co-fondateur de Citoyens Résistants d’Hier et d’Aujourd’hui), Denis Robert (journaliste, écrivain), Florent Massot (éditeur), Katell Gouëllo (Le Média TV), Bertrand Rothé (agrégé d’économie, professeur d’université).


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