L’insulteur public numéro 1

Zemmour lui-même reste rarement plus de quelques jours sans se livrer à des agressions ou à des insultes.

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Le 30 avril dernier, le propagandiste nationaliste Éric Zemmour a été « insulté dans la rue par un homme qui a filmé et partagé la scène » sur les réseaux sociaux (1). Cette « agression » (2) a immédiatement soulevé une intense émotion dans les divers districts droitiers du paysage politique français – où le député Ciotti a crânement pronostiqué qu’« il n’y aura[it] naturellement pas de suite » judiciaire à cet accrochage.

Elle a aussi ému quelques éditocrates : Raphaël Enthoven, qui avait partagé avec lui, au mois de septembre 2019, la tribune d’une convention (marion-)maréchaliste, s’est par exemple demandé, plein de prévenance, « comment défendre Zemmour sans être accusé de défendre ses thèses ».

Surtout, et plus notablement, elle a émotionné le chef de l’État français, qui, décidément constant dans ses clins d’œil à l’extrême droite, a aussitôt appelé Zemmour – pendant quarante-cinq minutes – pour lui dire tout son soutien. (On n’imagine hélas que trop ce qu’ont été leurs échanges.)Et bien sûr, cet élan étonne.

Par lui-même, d’abord, car nous avons tout de même connu des temps – il est vrai bien révolus – où les baratineurs chauvinistes bénéficiaient de moins d’empressements. Puis aussi et surtout parce que Zemmour lui-même, à qui des marchand·es de haine offrent quotidiennement (ou presque) des tribunes médiatiques, reste rarement plus de quelques jours sans se livrer – contre les femmes, les migrant·es ou les musulman·es (3) – à des agressions ou sans lancer des insultes.

Ces manies, du reste, lui ont déjà valu d’être deux fois condamné pour provocation à la haine raciale ou religieuse – et les immondes propos qu’il a encore tenus lors de la convention identitaire où Raphaël Enthoven l’avait accompagné en septembre dernier ont amené le parquet de Paris à ouvrir contre lui, en octobre, une nouvelle enquête pour « injures publiques »et « provocation publique à la discrimination, la haine ou la violence ».

Sans le dissuader, puisque la semaine dernière encore il a éructé, après la relaxe de Cédric Herrou – qui était poursuivi pour être venu en aide à des migrant·es –, que celui-ci n’était « pas un agriculteur, mais un militant immigrationniste, l’idiot utile d’Erdogan, qui veut islamiser l’Europe ».

Mais il est vrai aussi que l’enquête ouverte contre Zemmour en octobre dernier n’a pas progressé d’un iota – alors que les faits sont depuis le premier jour assez solidement établis –, cependant que son « agresseur » du 30 avril a été, lui (et contrairement au pronostic du si savant M. Ciotti), immédiatement interpellé, pour être jugé dans quatre mois : un peu comme si l’insulteur public numéro 1 bénéficiait dorénavant de beaucoup plus d’impunité que les victimes de ses assauts…

(1) RTL, 1er mai 2020. La semaine dernière, Éric Zemmour a de nouveau été apostrophé par une passante.

(2) Pour ce mot, mon dictionnaire de prédilection donne ces définitions : « Action d’attaquer une personne ou un groupe de personnes de façon soudaine et brutale, et sans avoir été provoqué. Action d’attaquer de façon violente une ou plusieurs personnes. Attitude ou paroles visant à critiquer âprement quelqu’un ou à le blesser moralement. »

(3) Liste non exhaustive.


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