Timide scission dans le groupe La République en marche

Une petite partie de l’aile gauche du groupe du parti présidentiel à l’Assemblée nationale a fait sécession ce mardi.

Agathe Mercante  • 19 mai 2020
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Timide scission dans le groupe La République en marche
© Photo : Des membres du nouveau groupe parlementaire baptisé « écologie démocratie solidarité » posent devant l'Assemblée nationale (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Ils ont subit des pressions, ils ont reçus des appels… mais eux ont tenu bon. Un petit nombre de députés issus de l’aile gauche du groupe de la République en marche à l’Assemblée nationale a annoncé ce mardi faire sécession de la majorité pour monter son propre groupe parlementaire. Les 17 membres d’ « Ecologie démocratie solidarité » (EDS) qui étaient encore 19 la veille au soir en ont détaillé les contours ce mardi.

Afin de « répondre à l’urgence écologique, moderniser la démocratie, réduire les inégalités sociales et territoriales », le groupe formule 15 propositions qu’il compte défendre à l’Assemblée nationale.

Parmi elles, on compte un soutien massif pour « les investissements des collectivités locales dans la transition écologique et solidaire », la préparation d’une loi « pour le respect du vivant et le bien-être animal », une refonte de « la fiscalité du capital et du patrimoine ainsi que leur caractère progressif pour s’assurer que les fruits de la prospérité et les richesses accumulées contribuent plus équitablement à l’effort collectif de solidarité nationale », une remise en cause des « niches fiscales favorables aux plus fortunés » ou encore la création d’ « un revenu jeunes universel dès 18 ans ».

L’égalité femmes-hommes comme fer de lance

Le groupe défendra également « une égalité réelle entre les femmes et les hommes » et ambitionne de présenter un « plan d’investissement massif dans la lutte contre les violences faites aux femmes » et de plaider pour une « politique publique de lutte contre toute forme de discrimination liée aux origines, au handicap, à l’orientation sexuelle ou à l’identité de genre » ainsi que « la revalorisation salariale des métiers à forte représentation féminine ».

Les membres d’EDS ont décidé de faire du combat pour l’égalité entre les femmes et les hommes leur fer de lance. Et pour cause : il est composé « à 65% de femmes », insiste Paula Forteza, députée des Français de l’Amérique latine et des Caraïbes et co-présidente avec Matthieu Orphelin, du groupe. Règlement de l’Assemblée nationale oblige, les deux co-présidents seront contraints d’alterner dans l’hémicycle.

Un groupe hétéroclite

Ils représenteront un groupe composé à majorité d’anciens marcheurs, mais pas que. On compte notamment dans ses rangs l’ancienne socialiste et actuelle présidente de Génération Ecologie Delphine Batho. « Nous sommes dans le même groupe, mais nous ne sommes pas membres des mêmes organisations politiques », insiste la députée des Deux-Sèvres. Il est alors logique qu’au sein du groupe, il n’y ai pas de consignes de vote.

L’autre raison, c’est que chat échaudé craint l’eau froide et la tyrannie du groupe qu’ils viennent de quitter reste dans les mémoires. Certains des membres d’EDS en ont fait les frais, comme la députée du Bas-Rhin Martine Wonner, récemment exclue du groupe de la République en Marche pour avoir voté contre le plan de déconfinement du gouvernement. D’autres en ont été les exécutants : la députée de la Meuse Emilie Carriou ou encore le député du Val-d’Oise Aurélien Taché ont tous les deux été « whip » de la commission des Finances.

Nouveau « ni-ni »

Mais s’ils sont revenus des pratiques fort peu démocratiques du parti présidentiel, pas question non plus d’émettre à son encontre de trop importantes critiques. « Nous ne sommes pas aigris et déçus », défend le député du Rhône Hubert Julien-Lafferrière.

« Nous serons un groupe de propositions, d’action, de conviction et d’innovation », indiquent-ils en préambule de leurs 15 propositions. « Nous ne seront ni dans la majorité, ni dans l’opposition », insistent-ils, espérant se placer comme « une force exigeante, prête à construire avec le Gouvernement et la majorité chaque fois qu’ils seront à l’écoute de nos propositions, comme avec tous les bancs politiques ».

Difficile, alors de parler, pour le parti présidentiel, de perte de sa majorité absolue à l’Assemblée, tant il est incertain que les membres du groupe EDS s’opposent aux projets et propositions de lois émanant du gouvernement ou de la République en marche. Une nouvelle version du désormais célèbre « et en même temps » ?

Politique
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