Budget : les raisons du naufrage de Lecornu

Incapable de trouver l’équilibre entre une gauche très modérée et une droite intransigeante, le premier ministre pourrait passer son budget en force. Il renierait son engagement, s’affaiblirait politiquement et risquerait la chute.

Lucas Sarafian  • 14 janvier 2026 abonné·es
Budget : les raisons du naufrage de Lecornu
Le premier ministre français Sébastien Lecornu, à l'Élysée à Paris, après le Conseil des ministres, le 17 décembre 2025.
© Dimitar DILKOFF / AFP

Le mur qui vient. Après s’être accordé un peu de répit en faisant voter une loi spéciale, Sébastien Lecornu doit enfin se sortir de l’enlisement budgétaire. Le premier ministre a-t-il trouvé la recette magique entre Noël et le jour de l’an ? En sortie du premier conseil des ministres de l’année 2026, le 5 janvier, Maud Bregeon, la porte-parole du gouvernement, a fait preuve d’une grande lucidité : « À l’heure actuelle, le point de convergence n’est pas atteint, de toute évidence. » Les vacances hivernales viennent de se clore et l’équation reste inchangée.

D’abord, le gouvernement doit composer avec cette droite sénatoriale plus exigeante que jamais. Les troupes de Bruno Retailleau ont défendu un projet avoisinant les 5,3 % de déficit et honnit cet exécutif qui multiplierait les concessions faites à la gauche. De l’autre côté, Sébastien Lecornu rêve toujours d’arracher les voix des socialistes qui, quant à eux, demandent 10 milliards d’euros de plus pour le pouvoir d’achat, l’école et l’écologie. Mais les desiderata des roses sont nombreux. Dégel de l’impôt sur le revenu, dégel des APL, augmentation de la prime d’activité, création d’un nouvel ISF, augmentation de la contribution sur les très grandes entreprises, taxe sur les holdings, réforme de certaines niches fiscales, annulation de la suppression des 4 000 postes d’enseignants…

« On pourrait envisager une abstention si on obtient tout ce qu’on veut. Aujourd’hui, c’est assez mal parti. En l’état actuel du budget, on vote contre », assure Romain Eskenazi, porte-parole des députés socialistes.


Réunions sans résultat

Pour trouver ce fameux compromis sur le projet de loi de finances (PLF), le gouvernement a convié une première fois les forces politiques à Bercy le 6 janvier. Les insoumis et le Rassemblement national (RN) n’ont pas reçu le carton d’invitation. Les écolos et les communistes ont préféré ne pas y répondre favorablement. Pas de quoi effrayer Amélie de Montchalin.

Au lendemain de cette réunion ayant duré plus de quatre heures, la ministre des Comptes publics s’est montrée optimiste : « Chacun est sorti de cette réunion sur l’idée que nous pouvions trouver un compromis, que nous n’en sommes pas loin. » Rebelote le 12 janvier. Elle a appelé toutes les forces politiques qui souhaitaient « sortir de l’impasse budgétaire » à son bureau. Sorte de réunion de la dernière chance. Le conciliabule a duré moins de deux heures. Le deal n’a pas été trouvé.

Les propositions de recettes émanant de la gauche ont été balayées par

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