Du comportement des laborieux…

La pauvreté explose en France. Un révélateur de plus de la brutalité de la crise et des failles de notre système de protection sociale causées par l’ubérisation.

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Depuis le début de la crise du coronavirus, la pauvreté explose en France. Sur un an, les dépenses consacrées par les départements au revenu de solidarité active (RSA) ont bondi de 9 %. Un révélateur de plus, s’il en fallait, de la brutalité de la crise et des failles laissées béantes dans notre système de protection sociale par l’ubérisation, qui prive d’un filet de sécurité digne de ce nom toute une génération de travailleurs. La litanie des plans sociaux gigantesques et des faillites silencieuses qui jettent des milliers d’invisibles, commerçants, artisans, employés de PME, sur le carreau ne fait que commencer. Pôle emploi enregistre déjà 900 000 chômeurs supplémentaires et ce sont 800 000 jeunes qui devaient faire cet automne leur entrée sur le marché du travail. Une « génération sans droits », toujours pas éligible aux minima sociaux.

Pour répondre à ce sinistre, l’État a déployé des aides ponctuelles et ciblées dans des proportions sans commune mesure avec les sommes dévolues aux entreprises et aux travailleurs salariés. 0,8 % seulement du plan de relance sera consacré à la lutte contre la pauvreté.

L’exécutif assume surtout une certaine vision de l’inaction. « Ce n’est pas [avec le RSA] que nous allons résoudre le problème » des jeunes, assure ainsi Matignon (Le JDD), se refusant à en ouvrir l’accès aux moins de 25 ans. Aider, complétait en mai Gabriel Attal, alors secrétaire d’État à la Jeunesse, c’est céder à un « esprit de défaite » (Les Échos). Sur l’insertion professionnelle, le gouvernement maintient donc le cap fixé avant la crise : avancer vers un « revenu universel d’activité », nouveau nom du RSA, qui serait désormais conditionné à des obligations d’activité professionnelle « volontaire ». Il vient surtout de relancer son plan d’économies sur l’assurance-chômage.

La réforme, ajournée le temps d’encaisser l’uppercut du confinement, qui prévoit d’économiser en réduisant les droits des plus précaires, revient inchangée, pour une entrée en vigueur au 1er janvier 2021. L’effort devrait être adouci, mais la « philosophie » de ce tour de vis reste intacte : il faut, assure le ministère, « changer les comportements » des salariés qui collectionnent chômage et petits boulots. Ainsi lutte-t-on contre la pauvreté et la précarité en mettant les pauvres à l’index ou à l’amende. Alors même que le gouvernement laisse courir la dette publique pour parer au choc économique, au détriment de la sacro-sainte « maîtrise des dépenses publiques ». La crise aura au moins permis de faire la lumière sur la vision, profondément idéologique, que le gouvernement se fait de la lutte contre la pauvreté.


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