« Les élites veulent se débarrasser du trumpisme »

Le philosophe Dick Howard, engagé à la gauche des démocrates, analyse la dernière ligne droite de la campagne électorale. Et observe que Wall Street semble plutôt jouer Joe Biden.

L’élection aux États-Unis approche à grands pas et bien des menaces semblent planer sur cette démocratie, l’une des plus grandes et des plus anciennes au monde, en dépit de ses multiples imperfections. Jadis militant en faveur des droits civiques et contre la guerre au Vietnam, puis proche de la Nouvelle Gauche des années 1970, professeur émérite de philosophie politique à l’université de l’État de New York, Dick Howard s’est justement penché sur toutes ces « ombres » au-dessus de l’Amérique actuelle (1). Vivant des deux côtés de l’Atlantique, il demeure un observateur avisé de la vie politique de son pays. Non sans un certain désespoir depuis quatre ans et la prise du pouvoir par Donald Trump.

La question du « vote populaire » national, parfois contraire au résultat généré par le système des grands électeurs par État, entraîne-t-elle aujourd’hui une contestation de ce dernier ?

Dick Howard : Je crois qu’on peut répondre assez succinctement à cette question. Nous vivons actuellement une crise constitutionnelle larvée qui se traduit, en termes théoriques, par une opposition entre la démocratie qui est au fondement du pays et la République censée l’encadrer. Je crains que cette crise ne soit pas près d’être résolue. Les minorités ou les salariés pauvres font face parfois à des obstacles pour voter, or ils représentent aussi cette démocratie.

Où en est la bataille entre les deux candidats à une semaine environ du scrutin ?

Ce qui est frappant, à regarder les sondages, c’est que se détournent en ce moment de Trump à la fois les jeunes et les vieux. C’est assez étonnant. Un candidat comme Bernie Sanders avait, par exemple, des soutiens massifs chez les jeunes, mais plus rares chez les personnes plus âgées. Or Trump perd des soutiens chez ces deux populations. Mais je voudrais surtout souligner que, à l’heure où nous parlons, les dons financiers sont trois fois plus importants pour Biden que pour Trump. Or je crois que les financiers républicains sentent le vent… Je fais donc l’hypothèse que, comme ils ne sont pas tous aussi crus, vulgaires et impulsifs que Trump, ils se rendent compte qu’il faut que Biden gagne massivement si on veut se débarrasser de l’héritage « trumpien » au sein même du Parti républicain, afin que ce parti redevienne plus discipliné. En tout cas, de tels flux financiers, faramineux depuis plus d’un mois, en faveur de Biden traduisent sans doute ce que souhaite Wall Street. Avec l’espoir de nettoyer le Grand Old Party de tout reste de « trumpisme » en son sein. Comme le soulignait récemment le New York Times, cette richesse soudaine de sa campagne permet à Biden d’essayer de conquérir des États qui, a priori, n’étaient pas indispensables à son élection, et ainsi espérer une victoire plus large. Afin d’éviter les contestations, qui ne manqueront pas d’arriver s’il gagne de peu, comme ce fut le cas pour Trump en 2016.

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