Instruction en famille : l’école de la liberté ?

Emmanuel Macron a annoncé l’interdiction de l’école à domicile au motif de « dérives ». Mais, pour les familles, ce choix est motivé avant tout par la volonté d’offrir plus de souplesse à leurs enfants.

Yria, 15 ans, vit dans un poids lourd avec sa mère, Ness, son beau-père et son frère, au rythme des contrats courts de Ness aux quatre coins de France ou à l’étranger. L’adolescente a quitté les bancs de l’école en CE1. Depuis, elle suit le programme scolaire de chez elle, dans le cadre de l’instruction en famille (IEF). Ce dispositif permet à une famille de déscolariser son enfant en assurant son instruction par ses propres moyens. Malgré les démarches administratives et les contrôles réguliers auxquels doivent se soumettre les parents, Emmanuel Macron a annoncé qu’il comptait interdire l’IEF à partir de septembre 2021 pour éviter certaines « dérives ». Yria devra donc retourner en classe, comme les 50 000 enfants IEF recensés en France à la rentrée 2020, d’après le Président (chiffre très surévalué, voir encadré). Un chiffre en constante augmentation ces dernières années, signe du succès rencontré par ce mode d’instruction alternatif.

Comme Ness, Marine, Christelle et Corinne ont fait le choix de l’IEF pour leurs enfants. Marine et son compagnon n’ont jamais scolarisé leur fils de 5 ans. « J’ai travaillé à l’usine et, pour moi, l’école prépare les enfants au conditionnement de l’usine, explique sa mère dans la petite cuisine du camion où ils habitent. Rester assis, dire oui monsieur, oui madame, attendre la sonnerie pour se lever… À quel moment la vie a sa place, là, au milieu ? » Le choix de l’IEF s’est donc imposé comme une évidence pour ses enfants. Une nécessité, aussi, car la petite famille se déplace régulièrement. Elle a son atelier de maroquinerie à bord du camion, lui travaille comme mécanicien sur la route. Après deux ans d’IEF, ils ne regrettent pas leur choix une seule seconde et comptent faire la même chose pour la petite dernière : « On offre à nos enfants une vie de malade ! Ils ont accès à tellement de choses en bougeant. Ils se font plaisir, ils ne sont pas cloîtrés entre quatre murs en attendant la fin de l’école pour pouvoir jouer. »

Dans la Loire, Christelle partage leur avis. « L’école, c’est quand même un mode d’enfermement, affirme cette mère célibataire de deux adolescents_. J’ai travaillé comme assistante de vie scolaire dans un collège pendant deux ans. En tant qu’adulte, c’était édifiant de voir des élèves assis en rang. C’est terrible. Pour mes enfants, je voulais une éducation plus à l’écoute, avec une communication non violente. »_ Elle a déscolarisé ses deux enfants en primaire. Depuis, son fils a réintégré un collège et sa fille de 11 ans entame sa quatrième année d’IEF.

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