Terrorisme : le danger d’une guerre « de civilisation »

Après les attentats de 2015, à Nice, le 14 juillet 2016, et contre Samuel Paty, le 16 octobre 2020, l’emballement médiatique et politique menace les libertés et la possibilité même d’un débat démocratique sur les causes du terrorisme jihadiste.

Michel Soudais  • 4 novembre 2020 abonné·es
Terrorisme : le danger d’une guerre « de civilisation »
Emmanuel Macron et Christian Estrosi, le 29 octobre à Nice, suite à l’attentat contre la basilique Notre-Dame de l’Assomption.
© ERIC GAILLARD / POOL / AFP

Face à « la guerre », les mesures engagées pour défendre le pays après les attentats de 2015, à Nice, le 14 juillet 2016, et contre Samuel Paty, le 16 octobre 2020, piochent dans l'arbitraire et l'exception. Problème : ces idées tendent à s'inscrire dans le droit commun. Et dans ce contexte, les délires islamophobes vont bon train parmi la classe politique.

Est-il encore permis dans notre pays d’expliquer, d’analyser, de décrypter ? Peut-on encore raison garder quand la légitime émotion suscitée par l’effroyable décapitation de Samuel Paty et l’ignoble crime de Nice est exploitée ad nauseam ?

Depuis près de trois semaines, avec la multiplication des anathèmes contre de supposés « islamo-gauchistes » et la prolifération des accusations délirantes de « complicité intellectuelle », toutes les digues qui préservent la possibilité d’un débat démocratique sur les causes du terrorisme jihadiste, les ressorts de l’idéologie totalitaire qui le porte et les moyens de le combattre, ont cédé. Submergées par un emballement médiatique et politique qui prétend interdire toute réflexion au nom de la défense – ce n’est le moindre des paradoxes – de la liberté d’expression.

« En guerre »

Pour certains, tous les moyens sont bons pour exagérer un péril, pourtant admis de tous, étendre la liste des suspects à traquer et créer un climat propice à l’acceptation de législations sécuritaires d’exception. Le 30 octobre, Louis de Raguenel, nouveau chef-adjoint du service politique d’Europe 1, fraîchement venu de Valeurs actuelles, assure sur le site de cette radio, citant une source haut placée (mais anonyme) des services de renseignement, que « de nombreux musulmans modérés ont glissé chez les fondamentalistes. Et un nombre important de fondamentalistes, qui n’étaient pas prêts à passer à l’action terroriste il y a encore quelques semaines, ont basculé chez les islamistes ». « Désormais, on affronte des masses qui veulent nous détruire », lui aurait dit un autre spécialiste.

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)

Pour aller plus loin…

Primaire à gauche : les socialistes choisissent le huis clos
Récit 10 juillet 2026 abonné·es

Primaire à gauche : les socialistes choisissent le huis clos

Les militants socialistes décident d’embarquer leur parti dans une primaire réservée aux seuls adhérents du PS et de Place publique. Selon ses détracteurs, le processus est taillé pour Raphaël Glucksmann. Olivier Faure est mis en minorité dans son propre parti.
Par Lucas Sarafian
Feuilleton judiciaire de Marine Le Pen : trois questions et deux scénarios
Justice 8 juillet 2026

Feuilleton judiciaire de Marine Le Pen : trois questions et deux scénarios

Si l’attention politique et médiatique s’est resserrée autour de la candidature de la cheffe de file du Rassemblement national pour 2027, l’agenda judiciaire ne doit pas être occulté.
Par Céline Martelet
Marine Le Pen : à peine condamnée, déjà en campagne  
Récit 8 juillet 2026 abonné·es

Marine Le Pen : à peine condamnée, déjà en campagne  

La cheffe de file du Rassemblement national commence sa campagne présidentielle coûte que coûte, après un pourvoi en cassation suite à sa condamnation en appel. La quadruple candidate veut lancer le récit de sa propre résurrection face à un « système » qui voudrait sa peau. Et gomme la naissance d’une ligne libérale portée par Jordan Bardella.
Par William Jean
Une France des « écorégions » : le rêve insoumis d’une décentralisation verte
Analyse 3 juillet 2026 libéré

Une France des « écorégions » : le rêve insoumis d’une décentralisation verte

Le quadruple candidat à la présidentielle réfléchit à l’une des premières grandes réformes qu’il mènera s’il accède à l’Élysée : redessiner la France en douze grandes régions entièrement pensées pour la planification écologique.
Par Lucas Sarafian