Jacques Barbaut : « J’ai vu chaque jour des milliers de noms passer »
Dans C’est du propre, Jacques Barbaut multiplie les citations et les montages ayant trait aux patronymes, pseudonymes, prénoms… Un traité d’onomastique amusante qui est l’œuvre d’un poète à la fantaisie inquiète.
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© Léo Aupetit
Jacques Barbaut se livre peu à l’exercice de l’interview. Il donne pourtant ici des éléments sur son parcours biographique, sur ce qui l’intrigue ou sur sa méthode de travail, qui offrent des éclaircissements sur son entreprise littéraire hors norme.
D’où vient votre intérêt, voire votre fascination, pour les noms propres ? Est-il lié à votre amour de la littérature ?
Jacques Barbaut : Il s’agit d’un faisceau, qui commence par les noms des personnages de BD de l’enfance : le capitaine Haddock, le professeur Tournesol, Astérix et Obélix, Abraracourcix et Bonemine, Iznogoud – merci Monsieur Goscinny –, Picsou et les frères Rapetou, et tutti quanti. Vous souvenez-vous aussi du moyen mnémotechnique pour retenir les noms des grands écrivains du XVIIe siècle : « Sur la racine de la bruyère, la corneille boit l’eau de la fontaine Molière » ? Puis le hasard a voulu que je suive les cours d’histoire littéraire générale à l’université Lille-III de Philippe Bonnefis, un grand professeur qui fut publié notamment chez Galilée, qui apportait un intérêt proprement vertigineux à la lettre même du nom, des noms. Il décomposait par exemple ce vers emblématique de « L’Albatros » : « Le Poète est semblable au prince des nuées » en « semblable au beau de l’air » – ça m’a scotché !
Après la fac, j’ai travaillé durant trois ans dans l’une des meilleures librairies de Paris, La Hune, aujourd’hui disparue, où j’étais chargé, en tant que metteur à part, c’est-à-dire manutentionnaire, d’ouvrir l’ensemble des cartons, d’enregistrer toutes les commandes, de créer des fiches : aucun ordinateur encore à cette époque… Tout livre qui entrait dans la librairie passait par ma main. J’inscrivais au crayon de papier un code-date sur la
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