Précarité menstruelle : Le patriarcat « sang » dessus dessous

Des femmes et des hommes se battent pour briser le tabou historique des règles féminines. Et certains pouvoirs publics s’attaquent au problème sous l’angle de la précarité et du sanitaire.

Agathe Mercante  • 13 janvier 2021
Partager :
Précarité menstruelle : Le patriarcat « sang » dessus dessous
© Monika Kozub/Unsplash

Elles empêchent les mayonnaises et les béchamels de monter. Elles font tourner le vin, dérèglent les horloges. Elles noircissent le sucre et font faner les fleurs. Elles laissent des marques ou blessent les nouveau-né·es et font pourrir les aliments. Elles portent la poisse au jeu. Elles portent malheur tout court. Selon Pline l’Ancien, elles peuvent même anéantir un essaim d’abeilles. Depuis des millénaires, les menstruations sont l’objet de nombreuses superstitions, et les personnes qui ont leurs règles, de discriminations. Si la science est parvenue à déconstruire un tant soit peu ces croyances, la philosophie attenante imprègne encore nos sociétés : le sang menstruel est sale, impur. Et les personnes qui le produisent et l’expulsent sont maudites.

Maudites, elles le sont encore aujourd’hui, car condamnées à débourser chaque mois des sommes importantes pour s’en protéger, pour s’en cacher. Quant à celles qui n’ont pas les moyens de s’offrir des tampons, des serviettes ou des protège-slips, elles sont les premières concernées par la précarité menstruelle. Maudites ensuite, tant la société patriarcale refuse de connaître et de reconnaître cet état naturel que sont les règles. Heureusement, les mentalités changent et des femmes et des hommes se battent pour briser le tabou. À la faveur d’une certaine parité politique, certains pouvoirs publics ont pris les choses en main. L’Irlande, le Kenya et la Malaisie ont supprimé la TVA sur ces produits. Récemment, l’Écosse en a annoncé la gratuité totale.
Mais il reste une inconnue de taille : la santé. Les matières contenues dans les protections périodiques peuvent être toxiques et nécessitent un contrôle renforcé.
La « bataille de l’intime » est loin d’être terminée.

Société
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Comment l’État systématise la sécurité privée dans les CRA
Enquête 28 avril 2026 abonné·es

Comment l’État systématise la sécurité privée dans les CRA

Depuis mars, l’accueil des visiteurs du centre de rétention administrative (CRA) de Toulouse-Cornebarrieu est assuré par des agents de sécurité privée dans le cadre d’un dispositif national d’externalisation. Une évolution qui interroge de nombreux acteurs tant sur le cadre légal que sur la carcéralisation des CRA.
Par Maxime Sirvins
En une année, 3 mosquées s’ajoutent aux 33 visées par un incendie depuis dix ans
Enquête 24 avril 2026

En une année, 3 mosquées s’ajoutent aux 33 visées par un incendie depuis dix ans

En mars 2025, Politis avait recensé au moins 33 mosquées ayant été la cible d’une tentative d’incendie. Depuis, au moins 3 autres ont été visées. Sans que les autorités n’agissent pour lutter contre l’islamophobie.
Par Hugo Boursier et Pauline Migevant
Face à l’extrême droite, Terrenoire replace la culture au bon endroit
Reportage 22 avril 2026 abonné·es

Face à l’extrême droite, Terrenoire replace la culture au bon endroit

Le duo de musiciens Terrenoire expérimente une tournée-prototype en prenant le temps de s’enraciner dans les territoires traversés et de rencontrer celles et ceux qui les habitent.
Par Vanina Delmas
Comment l’extrême droite manipule la science pour justifier le racisme
Racisme 16 avril 2026 abonné·es

Comment l’extrême droite manipule la science pour justifier le racisme

Malgré le consensus biologique, l’extrême droite ravive le racisme des sciences biologiques du 19e siècle qui ont justifié esclavagisme et colonisation. Cette résurgence irrigue le débat public et donne au racisme l’apparat d’un discours académique pour mieux se légitimer.
Par Juliette Heinzlef