Italie : Un nouveau gouvernement « transformiste »

Sous couvert d’urgence anti-Covid, l’ancien banquier central Mario Draghi a réussi à réunir la plus large majorité parlementaire depuis 1945.

Politis  • 17 février 2021
Partager :
Italie : Un nouveau gouvernement « transformiste »
© GUGLIELMO MANGIAPANE / POOL / AFP

Les classes dominantes transalpines peuvent être satisfaites. Du moins rassurées, sinon enthousiastes, par le nouvel exécutif italien, dirigé par l’ex-patron de la Banque centrale européenne (BCE), Mario Draghi. Sous couvert d’urgence anti-Covid, dans ce pays de l’Union européenne parmi les plus touchés par le coronavirus, l’ancien banquier central a réussi à réunir la plus large majorité parlementaire depuis 1945. La composition de son gouvernement, telle une « union sacrée » en temps de guerre, va en effet de l’extrême droite (de la Ligue) au Parti démocrate et certaines petites formations sur sa gauche, en passant, à droite, par les partisans de Silvio Berlusconi, et surtout la grande majorité du Mouvement 5 étoiles (M5S, « populistes » supposés « antisystème »)…

On peut penser qu’il s’agit là du résultat d’une opération de haute politique, rêvée de longue date dans certains milieux d’affaires et parmi les plus fervents néolibéraux : diviser chaque formation politique de poids, en isolant et marginalisant leurs tendances les plus contestataires, populistes et anti-européennes, pour former une alliance rassemblant, au-delà des clivages partisans, les adeptes d’une « realpolitik » européiste. Et qui de mieux pour emmener un tel attelage que l’ancien président de la BCE, promu à ce poste en son temps par Berlusconi ? Après avoir vu se diviser le M5S et le Parti démocrate (avec des scissions sur sa droite et sa gauche), c’est maintenant au tour de la Ligue, parti d’extrême droite xénophobe des classes moyennes du riche nord du pays, de se fissurer, avec la nomination au ministère du Développement économique de Giancarlo Giorgetti, très lié aux milieux d’affaires lombards, obligeant Matteo Salvini à remiser ses sorties anti-européennes et anti-migrants. Dans une Italie où quelques amortisseurs sociaux, crise du Covid oblige, ont été mis en place, calmant les possibles contestations populaires, ce gouvernement Draghi semble bien incarner une version du « en même temps », dans la séculaire tradition du « transformisme » transalpin…

Monde
Temps de lecture : 2 minutes
Soutenez Politis, faites un don.

Chaque jour, Politis donne une voix à celles et ceux qui ne l’ont pas, pour favoriser des prises de conscience politiques et le débat d’idées, par ses enquêtes, reportages et analyses. Parce que chez Politis, on pense que l’émancipation de chacun·e et la vitalité de notre démocratie dépendent (aussi) d’une information libre et indépendante.

Faire Un Don

Pour aller plus loin…

Au sud du Liban, l’empire des drones israéliens
Reportage 15 mai 2026 abonné·es

Au sud du Liban, l’empire des drones israéliens

Dans la région libanaise de Nabatiyé, l’armée israélienne occupe également le ciel. Son arme : des drones ultraperfectionnés qui ciblent des civils et les secouristes.
Par Zeina Kovacs et Alexandra Henry
Ukrainiens en Pologne : de l’hospitalité à l’hostilité
Reportage 13 mai 2026 abonné·es

Ukrainiens en Pologne : de l’hospitalité à l’hostilité

Au moment de l’invasion russe en Ukraine, nombre de familles ont trouvé accueil et protection chez le voisin polonais. Quatre ans après, la situation a changé. Les aides sociales ont été supprimées, les violences sont en hausse, les discours xénophobes et la haine en ligne progressent.
Par Maël Galisson
À Kerkennah, en Tunisie, le soupçon migratoire pénalise la population
Monde 7 mai 2026 abonné·es

À Kerkennah, en Tunisie, le soupçon migratoire pénalise la population

Dans l’archipel tunisien, les contrôles de la garde nationale pour empêcher l’émigration clandestine se sont intensifiés depuis 2017. Un dispositif sécuritaire qui entrave la liberté de circuler des habitants et complique les conditions de travail des pêcheurs, déjà dégradées par la pêche illégale.
Par Nadia Addezio
« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »
Entretien 4 mai 2026 abonné·es

« La gauche ne peut pas abandonner. Nous avons le devoir de gagner »

Deux continents, un combat. L’une, Janette Zahia Corcelius, résiste aux raid de l’ICE, la police anti-immigration de Trump. L’autre, Anzoumane Sissoko, lutte pour la régularisation des étrangers depuis vingt-quatre ans. Une rencontre pour penser la résistance transatlantique contre l’autoritarisme et les répressions anti-migratoires.
Par Juliette Heinzlef et Maxime Sirvins