Pierre Zaoui : « Vivre n’est pas seulement survivre »

Longtemps militant de la lutte contre le sida, le philosophe Pierre Zaoui analyse les effets de la pandémie de Covid-19 en termes de contrôle social et de libertés individuelles et collectives.

Olivier Doubre  • 10 février 2021 abonné·es
Pierre Zaoui : « Vivre n’est pas seulement survivre »
Temple de la consommation et distanciation physique : devant les grands magasins du boulevard Haussmann, le 19 décembre 2020. Crédit
© Joao Luiz Bulcao / Hans Lucas / AFP

L’association la plus rebelle de la lutte contre le sida, Act Up-Paris, fut d’abord, pour Pierre Zaoui, une « école politique », quand, dans les années 1990, les grandes utopies du XXe siècle s’effaçaient. C’était surtout « un groupe d’une gravité mais aussi d’une gaieté merveilleuses, où les gens mobilisés n’étaient pas des petits intellectuels tournés vers l’entre-soi, mais des gens qui pensaient et agissaient parce que leurs vies en dépendaient ». Il observe donc aujourd’hui avec attention la pandémie de Covid-19, dix ans après avoir tiré de son expérience du sida un livre de philosophie d’une grande profondeur, La Traversée des catastrophes (Seuil, 2010), véritable « manuel de survie ». Après des études sur Spinoza ou David Hume et un essai sur « l’art de disparaître » (La Discrétion, Autrement, 2013), il propose sur la crise sanitaire actuelle des analyses originales, pas toujours politiquement correctes, mais irrévérencieuses et utilement décapantes.

On a connu, dans la lutte contre le sida, le bareback (prise de risque en renonçant à se protéger). Comment juger, aujourd’hui, les attitudes de refus du port du masque et des autres mesures sanitaires telles que le couvre-feu, le confinement, etc., au nom de la liberté individuelle ?

Pierre Zaoui : Je ne suis pas sûr que l’analogie avec la pratique du bareback, c’est-à-dire le refus d’utiliser des capotes, puisse tenir très longtemps. Déjà en termes de réduction des risques, parce que le sida était une maladie autrement plus létale avant l’arrivée des trithérapies, et aussi parce que la responsabilité n’est pas de même nature : les barebackers ne risquaient que leur vie et celle de ceux avec qui ils faisaient l’amour. Les jeunes qui font des fêtes clandestines, à de très rares exceptions près, mettent

Envie de terminer cet article ? Nous vous l’offrons !

Il vous suffit de vous inscrire à notre newsletter quotidienne :

Vous préférez nous soutenir directement ?
Déjà abonné ?
(mot de passe oublié ?)
Idées
Temps de lecture : 9 minutes

Pour aller plus loin…

« Pour la Maison Blanche, la guerre devient un jeu qui tourne en dérision la mort de l’ennemi »
Entretien 27 mars 2026 abonné·es

« Pour la Maison Blanche, la guerre devient un jeu qui tourne en dérision la mort de l’ennemi »

Les images de guerre ont radicalement changé de nature. W. J. T. Mitchell, l’un des grands théoriciens américains des visual studies, décrypte les politiques de l’image qui anesthésient et pourquoi certaines résistent encore aux instrumentalisations.
Par Juliette Heinzlef
Trahison d’un État protecteur : anatomie d’un ressentiment
Essai 25 mars 2026 abonné·es

Trahison d’un État protecteur : anatomie d’un ressentiment

Le sociologue Alexis Spire interroge la défiance croissante des gouvernés vis-à-vis de l’État et des politiques de protection sociale, soumises aux attaques des politiques néolibérales.
Par Olivier Doubre
Marine Tondelier : « Ce n’est pas parce qu’on a subi des revers électoraux qu’on va baisser les bras »
Entretien 24 mars 2026 abonné·es

Marine Tondelier : « Ce n’est pas parce qu’on a subi des revers électoraux qu’on va baisser les bras »

De la vague verte des municipales de 2020 il ne reste que l’écume. Le second tour des municipales a été une douche froide pour Les Écologistes avec la perte des plus grandes villes, sauf Lyon, et peu de conquêtes. La secrétaire nationale du parti confie sa déception et fustige les divisions de la gauche, sans remettre en cause l’idée d’une primaire de la gauche hors LFI pour 2027. 
Par Vanina Delmas et Lucas Sarafian
Ada Colau : « En France comme en Espagne, les gauches doivent se mettre d’accord coûte que coûte »
Entretien 16 mars 2026 abonné·es

Ada Colau : « En France comme en Espagne, les gauches doivent se mettre d’accord coûte que coûte »

Après huit ans à la tête d’une équipe municipale qui a transformé Barcelone (2015-2023), l’ex-maire revient sur son héritage politique et appelle les gauches espagnole et française à construire des alliances larges pour stopper l’extrême droite et proposer un projet politique de justice sociale et de paix.
Par Pablo Castaño