Brésil : Lula, le grand retour

Un juge fédéral a annulé toutes les condamnations prononcées en 2018 dans le but de mettre l’ex-président de gauche en prison, lui interdisant de concourir à la présidentielle dont il était donné largement vainqueur devant Bolsonaro.

Patrick Piro  • 9 mars 2021
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Brésil : Lula, le grand retour
© Fabrice COFFRINI / AFP

C’est un méga-pavé politique qui vient de secouer le Brésil : le juge Edson Fachin, qui officie à la Cour suprême, a rendu à Lula sa pleine marge de manœuvre politique. Il a ordonné, lundi 8 mars, l’annulation de toutes les condamnations qui pesaient sur lui, arguant que le tribunal anti-corruption de la ville de Curitiba, qui les avait prononcées, n’avait pas compétence pour le faire.

Président du Brésil pendant deux mandats (2003-2010), l’égérie du Parti des travailleurs (PT, gauche) a passé un an et demi en cellule après avoir été condamné en avril 2018 à 12 ans et un mois de prison, avec une célérité record dans les annales de la justice brésilienne, pour une affaire de corruption douteuse jugée, faute de pièces suffisamment probantes, sur la seule intime conviction d’un tribunal de la ville de Curitiba.

Détention abusive

Lula avait déjà recouvré la liberté le 8 novembre 2019, la Cour suprême jugeant alors sa détention abusive alors que certains recours étaient toujours étudiés, à l’encontre de la pratique judiciaire brésilienne dont la justice n’avait guère fait cas un an et demi plus tôt. Il n’avait pas pour autant récupéré tous ses droits civiques, et notamment celui de disputer un scrutin électoral : pour faire bonne mesure, le tribunal électoral avait considéré le prisonnier Lula inéligible, alors que les sondages le donnaient largement vainqueur de la présidentielle de 2018, finalement emportée par le candidat d’extrême droite Bolsonaro.

La décision de Fachin rend par conséquent Lula potentiellement éligible, désormais, et c’est un coup de tonnerre dans le champ politique brésilien : l’ancien président dispose toujours d’une cote très élevée parmi la population, notamment chez les plus modestes, qu’il a tirés de la misère par millions. Un sondage le place à 50% d’intentions de vote, devant Bolsonaro (44%) dans un éventuel affrontement anticipé pour le second tour de la prochaine présidentielle à l’automne 2022.

Une décision bien tardive

Cet épisode redonne un peu de lustre à une justice très déconsidérée pour avoir servi avec un zèle insolent des intérêts politiques qui convergeaient sur la nécessité d’éloigner Lula du ring électoral. Mais elle est bien tardive : certes, c’est au titre d’une récente jurisprudence que le juge a pu annuler les condamnations, mais la Cour suprême aurait pu les casser dès juin 2019 au vu des révélations faites par le média d’investigation Intercept : les collusions entretenues par le juge Moro, à la tête de l’acte d’accusation au tribunal de Curitiba, dans le but explicite de neutraliser Lula.

L’ex-président n’est pas pour autant formellement lavé des accusations de corruption, ce qui est une manière pour Fachin de ne pas enfoncer son collègue Moro, qui a de claires ambitions présidentielles. Cependant, une répétition judiciaire de la mascarade de 2018 est peu probable. En effet, depuis sa libération fin 2019, Lula n’a guère été harcelé par la justice au titre de ses procédures en suspens. Le procureur de la République a bien annoncé son intention de faire appel de la décision de Fachin. Mais on voit mal qu’il obtienne gain de cause tant le vent judiciaire semble avoir tourné. Et pour rejuger Lula, sur lequel ne pèse donc plus d’acte d’inculpation, il incombera que les fragiles accusations qui perdurent à son endroit soient jugées recevables par une juridiction compétente. Alors que la présidence Bolsonaro éreinte le pays, laquelle s’y risquerait ?

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